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 rozam blog

Articles récents

ça y est !

18 Août 2014 , Rédigé par rozam

voici ma nouvelle adresse

http://rozam-blog.wix.com/rozam-fanfictions

je migre tout là-bas petit à petit, si il y a des liens morts n'hésitez pas à râler

j'essaye aussi d'y mettre vos sites mais ça fait un peu de temps que je ne lis plus partout, plizz ne tapez pas tout de suite :D

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Fille de pub

17 Août 2014 , Rédigé par rozam

Je HAIS les pubs imposées sur ce nouvel overblog.... C'est viscéral, surtout sur des blogs de lecture, ça me hérisse. Aussi j'ai une question pour vous : trouverez-vous ça chiant si je change de lieu de publication ? Je suis en train de préparer une interface ailleurs plus claire, plus rapide et lisible et surtout garantie sans pépins/pubs dedans.
Les prochains chapitres seraient donc là-bas ( nan je ne suis pas morte malgré ma vitesse de limace!!!) mais évidemment si vous préférez toujours rester ici je me débrouillerai pour quand même poster des trucs :)
Je vous soumets très vite la chose......
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.

16 Août 2014 , Rédigé par OverBlog

SITE EN COURS DE RAFFRAICHISSEMENT....A TRÈS VITE

 

( la mise à jour d'overblog est un vrai bordel !!!!!!!!!!!!)

 

 

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Chapitre I

27 Décembre 2013 , Rédigé par rozam

La Malédiction du Scarabée jaune

 

Chapitre 1

Noble sang ne peut mentir

 

« Du trône s’échappaient des éclairs, des voix et des coups de tonnerre ;

sept torches ardentes devant le trône étaient les sept Esprits de Dieu. »

Apocalypse

 

 

On ne saurait décrire la joie de perdre sa carcasse à même le sol. Plus de sang, ni de veines pour la nourrir, se liquéfier jusqu’à la plus petite once de parcelle osseuse ; et en être heureux.

Oscar vivait cet état inimaginable à quelques pas seulement de son père, si tendrement détesté, si terriblement attendu. Des mois de continuels reproches envers elle-même et ses fantômes à s’en nouer chaque muscle.

Et puis, soudain, face à face.

Une main minuscule lui redonna courage, étendard charmant et potelé voulant rallier la silhouette raidie, là-bas. La distance de ces continents, immenses, parue soudain dérisoire face au gouffre de tapis de soie, ces quelques mètres si délicatement ornementés de fils d’or. Ni l’un ni l’autre ne bougeait, sous les regards très nettement inquiets du feld-maréchal et de son épouse.

 

Puis, exactement comme la veille, quelque chose se liquéfia dans les remparts intérieurs d’Oscar.

Sa vie d’avant, sa froideur…à quoi bon ? Lorsque la vie hurle sa faim entre vos bras. Une nouvelle trame venait de renforcer le lien viscéralement tissé, ici, en son sein, il était aussi vain que ridicule d’y résister.

Elle franchit la distance d’une ardeur qu’elle pensait à jamais morte et, sans un mot, se délesta de la précieuse offrande.

 

- Il vous ressemble…ma fille, entendit-on au bout de quelques secondes.

 

Et la fêlure douce qui émaillait cette seule phrase fut plus éloquente qu’une existence entière.

 

 

****

 

- J’aurais préféré mourir durant ce satané conseil de famille ! Et tiens d’ailleurs, tue-moi tout de suite ou je sens que je vais me jeter moi-même par cette fenêtre !

 

Hans von Fersen leva un œil amusé de la gazette qu’il lisait, installé dans le fauteuil près de l’âtre du petit salon, jouxtant leur chambre. Un instant, il crut voir revivre l’indomptable militaire qui sillonnait les tapis fatigués d’une caserne française, malgré la tenue on ne peut plus féminine bruissant à chaque virage agacé.

 

- Bien sûr, que choisis-tu : la corde, le mousquet, ou bien une nuit d’orgie où je tiendrai à moi seul les seize rôles différents ?

- Hans ! Il est bien temps de plaisanter !

- Pardonne-moi. Il est vrai que ta charmante demande parait légitime…à quel propos, au fait ?

 

La sublime – et future – sacrifiée le regarda comme si sa dernière heure, à lui, ne faisait aucun doute.

 

- Parce qu’en plus tu ignores tout de la dernière invention de ta mère ?! A moins que tu ne sois complice…si c’est toi qui as eu cette idée, je te jure de…

- Cher ange, j’ai beaucoup de défauts mais pas celui d’aller intriguer en pleine nuit dans la chambre familiale avec ma chère mère tout en nous brossant mutuellement les cheveux. Je l’aime infiniment, ainsi que mon père, mais moins je les vois et mieux nous nous portons, comme tu as pu le constater. Alors dis-moi, que se passe t-il ?

 

Oscar foudroya les délicates peintures du plafond et leurs petites nymphes fessues, seules responsables au fond de tant d’atrocité.

 

- Il y a…il y a qu’elle s’est mise en tête de…bon sang de foutre, je vais mourir rien qu’à le dire ! Catherine souhaite que je la rejoigne à l’instant pour une séance de…de broderie. DE LA BRODERIE, foutrecul !! Moi, Oscar de Jarjayes, aller percer des trous dans un chiffon !

La jeune femme darda sur-le-champ son regard d’orage sur le séduisant impudent, devenu à la seconde complètement hilare.

- Alors toi, ce n’est pas avec une aiguille que je vais te faire taire !

- P…pardonne-moi encore une fois ! Mais…ha par Dieu tu as raison, c’est horrible !

- Evidemment que ça l’est, mécréant ! Et comment refuser, maintenant que mon père est ici depuis huit mois et paraît enfin accepter l’idée que tu es le père de mon enfant sans s’étrangler d’indignation ou vouloir t’assassiner. Je savais que tout allait trop bien, que ça ne pouvait pas continuer…mais ÇA !!

 

Le jeune homme se mordit les joues pour ne pas repartir de plus belle ; laissant là sa lecture, il se leva pour stopper de ses bras une nouvelle circonvolution vengeresse, réjoui de la résistance certaine de cette divine créature. Il assura sa prise, charmeur.

 

- Ma chère, je t’aurais volontiers accompagné dans ce calvaire. Mais, sais-tu, je dois tout de même te dire que ma mère t’octroie un immense privilège.

- Tu te moques de moi ?!

- Pas le moins du monde. À cause de nos hivers plus longs qu’une vie ici, la haute société se doit de garder intact la vigueur de leurs liens par des fêtes, des réunions…

- Des fourberies, oui !

- …des dîners, dont les femmes sont la plupart du temps les principales instigatrices. Et la broderie tient une place très importante dans nos traditions, souvent se sont dénouées là des situations inextricables.

- Quel pays évolué, par Saint Georges, ricana Oscar. Sauvés par des bobines de fils !

- Ce que j’essaie de te dire, c’est qu’en effet ces réunions sont bien plus politiques que tu ne le soupçonnes. Tu pourrais en être surprise, crois-moi. Et ici elles ne se passent qu’en milieu très fermé. En d’autres termes, le message que veut te faire passer ma mère est qu’elle t’accueille comme un membre de la famille à part entière. Même si tu ne portes pas mon nom.

 

Devinant le tendre reproche à peine voilé, la jeune femme considéra du coin de l’œil les traits de ce diable à la saisissante beauté qui seul, d’une manière ou d’une autre, la domptait véritablement.

- N’es-tu pas encore en train de me brouiller les sens ? grogna t-elle pour la forme, se sentant fondre.

- J’ai déjà fait cela, moi ?

- Tout le temps. Bon, bon c’est entendu…j’irai.

- Et sans éborgner ta voisine ?

- Mais oui…en revanche si tu me demandes plus tard de te faire des mouchoirs ou je ne sais quoi, je te jure de broder moi-même la corde pour te pendre !

- Je m’en souviendrai. Hum… comme tout condamné à mort j’ai droit à une dernière volonté, non ? Embrasse-moi…

 

 

Oscar quitta à regrets et ses appartements, et cette étreinte prometteuse. Depuis de longs mois elle avait retrouvé la chaleur de ce corps fait pour elle, magnétique. Sans le montrer il s’inquiétait, toujours, ne connaissant que trop son âme pétrie de combats et de guerres. Et elle pestait amèrement contre cette silhouette à ce point gracieuse, rendue à ses habits de femme. Cela ne la gênait plus d’endosser ses fanfreluches infernales : Hans adorait les réduire en chiffons inutiles le soir venu. Non, c’était autre chose qui, parfois, la tenait éveillée. Ce désir irrépressible d’aventures…quelle mère était-elle donc ! Si peu conforme à l’image de blondeur radieuse dont on voulait bien la gratifier, désormais.

 

Pourquoi le nier ? Elle s’était épanouie, sans même s’en apercevoir, comme une fleur sauvage oubliée et tranquille. Passant un jour devant son miroir elle s’était surprise à admirer l’espèce de flamme ne quittant plus ses traits, ses vingt-cinq ans et les certitudes allant avec. Son regard, lui, paraissait aussi vieux que la création du monde ; cette rugosité lui plut. Hans avait l’autorité naturelle d’un homme plus âgé qu’il ne l’était en réalité, sa prestance faisait le reste. Mais elle…toute trace du petit Capitaine de la Garde Royale s’était dissoute, à la place une personne grave et rayonnante.

Et dont les poings la démangeaient.

 

- Je vous dis que vous aller l’étouffer avec vos bouillies maléfiques ! Le gruau, voilà bien la seule nourriture décente pour gens civilisés.

- Que ne faut-il entendre…De ces Français, cela ne m’étonne guère ; je l’ai toujours dit : tous des…

- Prenez garde, monsieur, je ne suis pas d’humeur à vous laisser empoisonner mon petit-fils ni critiquer Sa Majesté !

 

Oscar pila net, puis bifurqua jusqu’à la porte demi ouverte laissant filtrer une si piquante diatribe. Elle en connaissait déjà l’origine ; mais l’envie de se donner un peu de baume au cœur avant l’effroyable épreuve du point de croix fut la plus forte.

Toujours la même scène…et pourtant si savoureuse.

 

Les deux « grands-pères » se tenaient, aussi raides qu’à la veille d’une bataille sanglante, face au plus charmant des spectacles : Hans-Ludvig pataugeait élégamment dans son goûter, constitué d’une sorte de gâteau mou et de ladite bouillie, sucrée, le tout donné par un André plus sérieux qu’un marbre. Cela avait causé un petit scandale – un de plus - mais tous avait décidé tacitement de ne plus les compter concernant Oscar.

Cette dernière avait menacé de prendre les deux hommes de sa vie sous le bras et partir à jamais si son ami, son âme, n’avait pas droit à jouer un rôle fondateur auprès du petit Niel.

Un roturier…Le feld-maréchal faillit en avaler sa barbe, ce qui ne pouvait que mettre en joie le Général de Jarjayes et lui faire doublement prendre le parti d’André, qu’il parait depuis de toutes les qualités. Le fidèle compagnon d’armes en était encore tout étourdi, car ce parfait allié avait la caractéristique d’être tout autant bienfaisant qu’inquiétant. Quelques mois ne pouvaient effacer des années de discipline chez ce vieux militaire, et si sa profonde maîtrise des champs de guerre l’avait préparé à tenir tête aux Fersen, père, fils ou cousines, tout cela était fétus de pailles face à ce petit être aux yeux clairs. Le surprenant un jour à sourire au bambin alors qu’il se croyait seul, Oscar avait compris qu’il faudrait bien encore huit autres mois pour que le terrible Général admette en être tombé amoureux.

En revanche, dès lors que le feld-maréchal pointait sa barbe quelque part, là, pas question de céder la plus petite part d’autorité.

 

- Si votre serviteur ne le gavait comme une oie…c’est cela qui va l’étouffer, oui !

- André est autant serviteur que vous êtes duchesse, mon cher ami, susurra  aussitôt un Jarjayes très à son affaire.

- Vous n’êtes qu’un rustre !

- Non monsieur : je suis français. Et calmez-vous donc, vous effrayez cet enfant. Ou plutôt non, continuez ; bientôt il aura si peur qu’il pleurera rien qu’à vous voir entrer dans une pièce.

- Ne seriez-vous le père d’Oscar que je vous enverrais mes témoins sur-le-champ ! Quelle infamie que de devoir vous tolérer.

- Sur ce dernier point je suis bien d’accord. Dès le prochain été, ma fille, mon petit-fils et moi repartirons pour Jarjayes, soyez-en certain !

- Pfeuh, comme si mon fils vous laisserait faire…

- Ah, eh bien parlons donc de votre fils, je….

 

Oscar secoua la tête, souriante, malgré les gracieusetés imminentes. Ce si terrible père du passé, l’appelant aujourd’hui « sa fille »…la défendant, de surcroît. Parmi les cris et les menaces de duels permanents, se bâtissaient ici de solides remparts face aux laideurs de l’existence. Ne plus se sentir seule, jamais, ni se battre contre la froide vanité des pouvoirs. Par Dieu, que son fils puisse encore longtemps tenir dans ses petites paumes leurs destins à tous ! Bouillie maléfique ou non.

 

S’arrêtant bientôt devant une autre porte, close celle-ci, la jeune femme se prit à songer au domaine familial, en un passé que sa mémoire bâtissait de plus solides pierres que ce palais n’en aurait jamais. Jarjayes…La mer cognant la roche impassible, les herbes toutes aussi folles que les chevelures brunes et blondes mêlées d’adolescents impétueux. Le ciel enfin, seul maître que les hommes de cette terre rude daignaient accepter. Jarjayes, comment ne pas vouloir que son enfant y puise à son tour la force qu’André et elle sentaient toujours couler dans leurs veines !

Seulement…ce retour probable la nouait d’angoisses floues, sans vouloir ou pouvoir se l’expliquer. L’inaction, encore et toujours…n’était-ce pas changer de prison, au fond ? Prisonnière en ce palais comme entre les murs de son enfance, mère, maîtresse, jusqu’à la mort…voilà bien qui vous ferait considérer le tombeau comme la plus idéale des résidences, décidément.

Dressant le menton sous une migraine contrariante, Oscar écrasa la poignée.

 

- Et bien ma chère, vous arrivez en même temps que le thé. Venez donc ici que je vous présente…

 

Damnation ! Ce breuvage infâme par-dessus le marché ! Elle qui n’aurait pas dédaigné un alcool à la composition indéterminée, juste à cet instant, découvrant ces compagne « d’infortune ».

Toutes très satisfaites d’être là au contraire, ou comme…oui, comme intriguées de la découvrir, elle, la paria.

C’était d’une subtilité au-delà de l’élégance, d’ailleurs ; pas un sourcil levé, pas de dégoût hautain…juste un œil sensiblement de biais, voilà comment ces dames montraient leur dévorante inclinaison féminine à la curiosité. La jeune femme comprit immédiatement qu’on ne « bavardait » pas, ici. Ni ne babillait, bavassait, bref, les remarques de Hans n’étaient peut-être pas si malavisées.

 

Elles étaient sept en tout.

Cette dernière fit quelques pas mais attendait visiblement d’Oscar les signes de déférence légitime dans pareille situation : sourire et modestie, voire même un vernis de reconnaissance. Foutrecul si elle en serait capable un jour ! Elle accorda le reste avec moins d’efforts qu’elle ne l’avait craint. Catherine De La Gardie lui était réellement sympathique, et malgré le tracé impeccable de ses sourcils elle était convaincue de la réciproque. Visiblement ce n’était pas la réunion de dames confites construite par ses préjugés, encore moins le festival de bouffées de chaleur et de piaillements qu’entouraient en son temps la Reine de France. Marie-Antoinette n’avait jamais eu beaucoup de goût dans ses fréquentations ; que de fois Oscar s’était prise à soupirer d’agacement à voir sa souveraine s’étourdir des flatteries nauséabondes de petites pécores.

Néanmoins sa tenue de militaire la protégeait de beaucoup de choses, ce n’était seulement maintenant qu’elle en mesurait le confort. L’impression de monter nue à l’assaut ne fut jamais si aiguë, elle n’en admira que plus son amant de savoir quoi faire d’un corset dans la tourmente.

Hors de question de se renier pour autant.

 

- Je vous sais gré de votre invitation, Excellence, répliqua Oscar d’une voix nette. Mais je dois vous avouer mon ignorance totale en matière de…travaux manuels. Je crains au mieux de me couvrir de ridicule, au pire de mettre à mal vos patiences…

- Ma chère, la Comtesse Magdalena Hedersköld ici présente a mis plus de six jours avant de maîtriser le point de bourdon. Imaginez, une éternité !

 

Définitivement convaincue qu’il lui faudrait à elle six mois pour ne serait-ce qu’enfiler une aiguille, elle se laissa guider vers les visages et les noms à rallonge. Von Himmelstjerna, von Königsmack, Gustafsson-Oxenstierna…au bout de quelques minutes elle jugea prudent de n’interpeller personne au cours de la séance qui se profilait.

 

- Ainsi, voici donc ce phénomène venu de France…mon cousin a définitivement un goût merveilleux ! J’avais grand hâte de faire votre connaissance, et vous répondez en beauté et en grâce au-delà de mes attentes !

 

Oscar sursauta presque.

 

Une splendide créature lui souriait, point du tout de biais.

 

- Je suis la Comtesse Christina Augusta Löwenhielm, mais vous pouvez m’appeler Christina, s’exclama t-elle sans attendre la moindre introduction de leur hôtesse. Mon père est le Comte Carl Reinhold von Fersen, l’oncle de Hans. Vous a t-il parlé de moi ? Je suis sûre que non, tsst tsst tsst, ce félon n’a plus les idées en place. Vous voyant cela ne m’étonne guère au fond, il n’a d’yeux que pour vous…Et votre fils, le verrons-nous ? Il paraît qu’il est splendide, Axel en est fou ! Mon oncle veux-je dire, tout le monde s’appelle Axel dans cette famille, c’est d’un pratique…

 

Cette fois-ci, l’arcade sourcilière si aristocratique de la feld-maréchal connut une activité certaine sous la désapprobation galopante, tandis que le coeur d’Oscar se réchauffait de plus en plus. La ressemblance, non pas physique mais de tempérament avec Sofia, était saisissante. Cette dernière n’était pas là d’ailleurs, la jeune femme l’avait immédiatement noté et regretté. Regrets qui s’envolèrent allègrement quand on la saisit par la main afin de l’asseoir commodément sous le feu de questions enjouées.

Bien sûr que non Hans ne lui avait jamais parlé de cette divine parente, et évidemment qu’elle allait dès son retour l’étrangler !

 

- Vous accommodez-vous de nos coutumes ? Ce palais doit vous paraître bien austère face aux splendeurs de la cour de France…Savez-vous que ma mère a été présentée à votre Roi Louis XV, et qu’elle y a été fort remarquée pour sa beauté ? Elle est cousine avec la Comtesse de Tessin, une de vos grandes noblesses je crois. N’est-ce pas délicieux ! Je rêve d’aller en France à mon tour…mais ma charge de première dame d’honneur de Sa Majesté est si prenante, et mon mari toujours absent. Il est ambassadeur à Dresde en ce moment, je ne le vois jamais. Voilà pourquoi notre mariage est le plus heureux qui soit…

 

Aucune affèterie dans ces remarques. Même si son naturel la poussait à toujours se mettre en défense, Oscar goûtait sans réserve le charme de ce visage. Christina ne paraissait pas plus de vingt ans, autre trait commun avec Sofia et ses presque dix-huit ans. La Suède n’était donc pas uniquement peuplée de vieux barbons grincheux aux cols raides.

 

Les autres l’étaient, plus âgées ; et il fallut bientôt plonger dans la satanique occupation des fils croisés…Là, pas de miracle.

Ce fut exactement comme elle l’avait prévu : pire que toutes les épreuves traversées jusque là.

 

Curieusement ce ne fut ni le fil ni l’aiguille qui posèrent problème. En fait ce fut le reste ; c’est à dire tout. Oscar se trouva stupide quand, par un sortilège qu’elle ne s’expliquait pas, se matérialisa entre ses mains un tissu de fine toile tendue par un cercle de bois et diverses bobines aux couleurs tendres. Qu’était-elle censée faire avec ces breloques ? Les nouer les unes aux autres ? La belle Christina vint fort heureusement prendre place à ses côtés, jugeant avec raison que la maîtresse des lieux n’était peut-être pas la plus patiente des professeurs. Avec force sourires elle mima les premiers pas de la parfaite petite brodeuse : piquer, tirer, dessus, dessous…

 

Voyant le travail d’une rare délicatesse déjà entamée par sa secourable compagne, Oscar eut envie de prendre définitivement ses jambes à son cou pour aller patauger elle aussi dans le goûter de son fils. André, heureux homme…lui demandait-on de martyriser des chiffons, à lui ?!

 

- Oscar, vous êtes fascinante. Sofia ne jure que par vous et je comprends pourquoi…murmura chaudement la jeune beauté au bout d’un instant.

- Vous vous moquez, grommela t-elle sur le même ton, désespérément concentrée sur le massacre.

Trois nœuds coinçaient déjà l’ensemble, dessus, dessous, malgré un très léger craquement cela semblait tenir. Elle repiqua l’ensemble et son doigt avec.

- Rien ne semble vous faire peur…et je ne parle pas de la broderie, bien entendu.

- Moi ? Je ne cesse de croire le monde prêt à m’engloutir au contraire !

- Précisément, c’est ce que l’on nomme courage, mon époux me le répète sans cesse…enfin, lorsqu’il est là. Vous avez survécu face à mon oncle, ce n’est pas rien. Et en dictant vos règles qui plus est, à ce que j’ai ouï dire ! Savez-vous…j’ai très envie de vous inviter avec Hans et votre fils en notre résidence d’été de Solna, tout près du Palais royal. Et même, tenez…ma tante va probablement s’évanouir mais j’ai une envie folle de vous obtenir audience auprès de Ses Majestés. Le Roi Gustave est un fervent admirateur de la culture française, ce serait si…

- C’est une excellente idée.

 

Le verbe tranchant d’Edvig-Catherine prouvait que le tracé impeccable de ses sourcils n’était pas là sa seule qualité.

 

- Et le plus rapidement sera le mieux, ponctua l’auguste dame. Juillet est bientôt là, vous pourrez suivre les festivités qui animent la ville et le Palais à votre aise.

Dévisageant la feld-maréchal avec stupeur, Oscar sentit tout de même une très désagréable impression lui glacer les sangs.

- Je…j’ai peur de comprendre, articula t-elle, raidie. Voulez-vous me faire entendre que je dois partir de ce château en vous laissant la garde de mon fils ? Si c’était là la vraie raison ne mon introduction ici, il n’est absolument pas question que je…

- Ma chère, ne soyez pas sotte. Cela ne vous sied pas. Et si vous pensez que vous vous débarrasserez des Fersen aussi aisément, détrompez-vous également. Loin de moi l’idée de vous vexer, mais je me doutais un peu de vos…inaptitudes en matière d’activités domestiques. Il est temps, je pense, de vous révéler l’exacte nature de ma requête.

 

 

Requête ? Voyant les sourires fleurirent au-dessus des ouvrages, Oscar songea qu’on ne pouvait pas tomber amoureuse d’un espion du Roi sans s’attendre à quelques excentricités de la part de sa famille. Elle était encore loin de se douter à quel point. Néanmoins elle n’était pas d’humeur à se laisser mener comme une brebis parmi les manigances de ces dames, sans attendre elle décida de prendre un semblant d’avantage.

- Ne croyez pas me surprendre : sachez que Hans m’a prévenu du caractère particulier de vos… entrevues. Si je dois signer un pacte de mon sang pour garder le secret, autant vous prévenir que j’aie pris de l’avance avec cette maudite aiguille ! Et en ce qui concerne une quelconque audience…tout ceci est absurde car je doute que ce soit possible : vous savez parfaitement que je ne suis…

- …pas mariée avec mon fils, certes. C’est bien cela que vous alliez dire, n’est-ce pas ?

 

Oscar sourit de mauvaise grâce, décidément prise de court.

- Ma chère Oscar, ce qu’il vous faut surtout comprendre est la nécessité de préserver l’innocence de nos grands hommes et leur goût des petits jeux guerriers. Si nous révélions qu’en réalité ce sont nous, les femmes, qui la plupart du temps menons le monde, ces pauvres âmes iraient mourir derrière un tas de foin sans demander leur reste. Leur entêtement est déjà bien assez source de complications…Depuis votre venue je vous observe, et voyez-vous, jouer les indifférentes ou les indignées à votre égard n’est que pure convention envers mon époux. Vous me plaisez ma chère enfant, mais je crois que vous l’avez déjà compris.

- Mais…j’entache le nom de votre famille par ma liaison honteuse…

- Vous voulez sans doute parler du fait que vous préférez mon fils dans votre lit plutôt que de vous pendre à son bras tel un trophée dans d’assommantes réceptions ?

- Excellence !

- L’air effarouché ne vous sied pas mieux, je dois dire. Tenez, votre très sage voisine vous a t-elle dit que son deuxième enfant est le fils du frère du Roi, le Prince Charles ? Ce n’est évidemment pas comme votre Cour française ; les courtisans reconnaissent en ma nièce la maîtresse de notre futur souverain mais…rien n’est officiel, il va sans dire. Nous en connaissons donc beaucoup concernant les bâtards.

 

Oscar n’en croyait pas ses oreilles, se sentant soudain très conventionnelle avec son passé de garçon. Hans connaissait-il ce visage-ci de sa mère ? Et de toutes ces dames ? Il avait parlé de surprises…la jeune femme n’était jamais vraiment certaine de toujours saisir le double sens de ses observations.

- Et vous même avez fait tourner bien des têtes…enchaînait une des baronnes au nom impossible, à l’adresse de la feld-maréchal.

- C’était il y a trois siècles, cela n’a plus aucun intérêt pour ces jeunes filles.

- Avec notre Roi, rien de moins, poursuivit comme de rien l’espiègle.

- Allons Magdalena, il ne l’était pas encore !

- On raconte qu’il vous envoyait tous les jours des fleurs, des cadeaux…si vous n’aviez pas mis un terme à cette merveilleuse passion, vous seriez Reine à présent.

- Et plus malheureuse que toutes les statues de ce sinistre palais. Dieu m’a préservé d’une telle idiotie, je Lui en rends grâce ! Trêve de ces souvenirs d’un autre temps, Oscar, puis-je compter sur votre discrétion et toute votre présente attention ?

- Bien volontiers, balbutia Oscar, passablement étourdie. Mais à propos de quoi ?

- De meurtres, ma chère. De meurtres.

 

****

 

- Psssst….

 

André tourna la tête, agacé. Peu probable que le terrible maître des lieux l’interpelle pour le tourmenter comme à son habitude…mais avec tous ces fous traînant ici, on ne pouvait pas être sûr. Le Général…

 

- Es-tu seul ?

 

Oscar ? Pas vraiment son genre de se cacher derrière les armures de la bibliothèque !

Ou alors le fantôme de quelque ancêtre perdant ses membres un peut partout dans le château…

 

Tandis qu’il se levait du petit secrétaire où s’étalait la lettre faite à Grand-Mère, un bouquet de soie rose tendre lui sauta presque littéralement dessus.

 

- Sofia ? Mais que diable faites-vous d….

- Shhhhhh ! Plus bas ! Ma dame de compagnie doit déjà rôder dans les couloirs à ma poursuite…j’ai prétexté un mal de dents pour m’éclipser mais cette hyène est plus fourbe que mille singes !

- Une vraie ménagerie…

- Moquez-vous ! Vous ne savez pas ce que c’est, vous, d’être maternée par cette espèce de dromadaire…Alors que je suis une femme !

 

André jugea prudent de dérober son sourire. Cette ravissante gamine semblait l’avoir élu comme objet exclusif de ses admirations, hormis Oscar bien sûr, et déployait des trésors d’invention pour pouvoir le rencontrer en cachette. Depuis son arrivée et son installation ici, il ne l’avait pas vue plus de trois fois. Mais il devait bien avouer qu’elle le happait d’une manière ou d’une autre par son indéfectible fronderie. Et sa charmante habitude de passer du « tu » au « vous », comme le font les enfants…Pour l’homme qu’il était ce n’était guère plus, évidemment, seulement sa propension à le palper comme on le ferait d’un animal fabuleux – ou d’un monstre à dompter – le mettait sourdement mal à l’aise. Aujourd’hui elle plantait ses doigts dans son avant-bras avec une inhabituelle excitation.

 

- André, il va se passer des choses terribles, c’est formidable !

- Pardon ?

- J’ai surpris une conversation fantastique tout à l’heure, derrière la porte du salon bleu ! Ma mère parlait de gens qui se font assassiner les tripes à l'air, elle parlait du Roi, il y avait du sang partout, c’était merveilleux !

- Sofia, je ne comprends un traître mot de ce que vous dites. Et vous ne devriez pas être là avec moi, si jam…

- Mais tais-toi,  écoute-moi ! Il va y avoir un voyage ou je ne sais quoi, elles parlaient tellement bas que je n’entendais plus rien. Une voyage ! Je vais enfin pouvoir sortir de ce trou à rat et faire mon entrée à la Cour. Et tous ces macchabés ! Ça va être tellement excitant, il faut que vous m’aidiez à convaincre ma mère, André, vous seriez mon précepteur et…bon sang, voilà l’autre ! Je reviendrai vite ! Salut !

 

Et la jeune fauve de lui planter un baiser sur la joue aussi doucement qu’une gifle. Confondu, André se maudit une nouvelle fois de lui avoir appris ces expressions françaises. Salut, bon sang…une aristocrate proche de la maison royale de Suède, comme précepteur il se posait là ! 

 

 

 

 

préc.      à suivre....  

 

 

 

 

 

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Drottningholm, le "trou à rat" décrit par Sofia !

 

 

 

 

 

 

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Chapitre 21

20 Août 2013 , Rédigé par rozam

 

 

Chapitre 21



- Ce “rien” m’a plutôt l’air d’un “tout” intéressant...Et bien ?
- Non, tu vas te moquer.
- Et tu me rosseras comme il se doit. Au point où nous en sommes, il me semble que tes pudeurs sont légèrement hors de saison, ne crois-tu pas ? Alors, qu’est-ce qu’il y a, dis-moi...
- Je ne suis pas pudique, Lieutenant ! Ose le redire et...
- Certes, grogna le jeune homme contre la pointe charmante de son sein. Essaie juste de me comprendre : il est hautement improbable que je te laisse parler encore longtemps, assise de cette façon. Tu es le scandale incarné...
- Girodel, c’est juste que...

Ce nom, plus que la voix calma - un peu- son ardeur. Malgré son bassin au supplice il se força à relâcher l’étreinte, admirable, qui soudait leurs peaux comme la chose la plus évidente du monde. Et plongea tête la première dans les remous clairs du regard de son Capitaine qui n’avait rien, mais vraiment plus rien de masculin. D’autant qu’une fois de plus elle se mordillait les lèvres sous d’intenses spéculations. Traîtresse.

- Jure de ne pas afficher ton sourire odieux.
- Je jure.
- Sur l’honneur ?
- Oscar, aie pitié...
- D’accord, d’accord. Et bien c’est...

Soudain elle recommença. Comme tout à l’heure, un peu plus tôt. À croire que cela devenait une figure de style, auquel cas il n’était pas contre : ses bras se nouèrent pour permettre la confidence dans son cou, dans ses cheveux, qu’elle agrippait voluptueusement.

- Redis-moi tes horribles fadaises.
- Mes...quoi ? souffla t-il à l’adresse du plafond, ce chuchotis devenant décidément le plus nécessaire des supplices.
- Ces choses, ces idioties; que je suis belle, désirable...je sais que tu mens mais j’aime les entendre. S’il te plaît...

Dieu sait comment, il s’écarta pour la contempler, toute entière, et lui lancer en bouquet sa propre consternation.

- Nous avons un problème.

Elle dut comprendre qu’il ne plaisantait pas. Enfin, moins que d’habitude. Non plus du tout en fait, ce qui ne pouvait que creuser le fossé déjà bien entamé par la concision de la phrase. Au moins, elle ne pourrait lui casser la figure pour cause de sourire intempestif...nul doute qu’elle en aurait préféré l’amorce, plutôt que de devoir montrer sa gêne en rougissant violemment.

- Quoi encore ! feula t-elle, toutes griffes dehors.

Suprême délice que de la contenir...c’était encore plus grave qu’il ne l’imaginait.

- Et de taille : je viens de réaliser que je brûle de te courtiser. De faire les choses selon d’ancestrales convenances. Bref, de te séduire.
- Pardon ?
- Mes “horribles compliments”, non seulement tu les mérites à chaque minute du reste de ta vie, mais je me dois de te les dévider autour d’une tasse de thé. Un genou à terre, de préférence. Après en voir fait la demande à ton père.
- Mon père, que vient-il faire dans...je ne comprends rien Girodel !
- La cour.
- Mon père est dans la cour ?
- J’ai une furieuse envie de te faire la cour. Officiellement.
- Quoi ?!
- Un problème te disais-je, tu vois bien. Je n’ai pas envie de me cacher au fin fond d’un château humide pour te clamer mon admiration, ni l’ardeur de mon désir.
- Tu veux dire que...

Il hocha la tête affirmativement. Peut-être souriait-il un peu, maintenant. Elle n’eut pas l’air de s’en formaliser. Assez préoccupée, pour tout dire, on le serait à moins. Elle serra les lèvres, méchante.

- Tu n’es pas fiable du tout, Lieutenant.
- C’est vrai. À quel sujet ?
- Tu veux m’apprendre quantité de choses inutiles, puis tu le fais trop bien, et à présent tu parles de tasses de thé.
- On dit les militaires très peu portés sur les arts de la table, pourtant.
- Vas-tu cesser de...d’être toi, durant quelques minutes ! Je ne sais plus si j’ai envie de t’embrasser ou de te tuer, maintenant.
- Les deux, mon Capitaine. Les deux.

Elle s’arqua tout de bon tandis qu’il repartait à la conquête de sa poitrine, ignorant ses airs furibonds. Son caractère devenait un sujet d’étude réellement passionnant. Autre problème. Bah, il y repenserait plus tard, si il était encore en état d’aligner quelque cohérence, ce dont il doutait beaucoup rien qu’à sentir ce sein mignon s’épanouir entre ses lèvres.
Mais Oscar s’agrippa à ses cheveux, de manière bien moins voluptueuse.

- Ne change pas de sujet ! essaya t-elle héroïquement, le souffle court. Il n’est pas dans mes habitudes d’entendre des folies sans vouloir les étayer d’arguments rationnels. Ton histoire de convenances rancies m’a tout l’air d’être un traquenard effroyable.
- Du tout. C’est même éminemment “médiéval” si je puis dire.
- Je veux savoir !
- Le plaisir retiré est justement que la dame ne sache rien des atours dont son prétendant va la parer... Métaphoriquement parlant, bien entendu. Oscar, tes seins me rendent fous.
- Je n’entends rien à ton discours, sois plus clair !
- Tes seins me font bander.
- Girodel ! Tu es infernal, tu sais très bien que ce n’est pas ce que je veux dire !
- Mais tu l’as bien cherché, aussi...bon, bon fort bien, j’arrête d’embrasser ces merveilles. Que veux-tu savoir ?
- Absolument tout. Qu’est-ce que c’est que cette cour, déjà ?!

Il la détailla, stupéfait. Elle ignorait donc cela aussi ? Avec cet idiot monstrueux de père, rien d’étonnant au fond. Victor soupira. Assise ainsi à califourchon, sur lui, avec ce peu de tissu, sur elle, il fallait encore et toujours jouer les maîtres à penser.

- La cour, ma chère, est un moment fort tendre destiné à faire mourir d’amour entre vos bras la dame de vos pensées. Pour qu’à son tour elle n’ait plus que vous dans les siennes et dans son coeur. Et ce, grâce à la plus belle mécanique que puisse produire un bel esprit : le verbe. Tu m’écoutes ?

Regard d’orage sourdement menaçant, elle semblait davantage fascinée par sa chemise d’homme qui baillait un peu trop gentiment. Sans précaution elle en écarta les pans, et ce qu’elle vit lui colora les joues de bien jolie manière, décidément.

- Le verbe, répéta t-elle, hargneuse. Et ensuite ? Je veux des choses concrètes, des exemples. Comment toi, t’y prendrais-tu ? Continue !

Il fut tenté de lui répliquer la même chose. Cette jeune créature le ravissait, mélange de candeur et de lascivité...sans parler de l’espèce de brutalité qu’elle mettait involontairement dans les choses de l’amour. C’était grisant de la laisser agir à sa guise. Une décharge subite martyrisa son bas-ventre quand elle effleura les pointes dures de son torse. Il se tut, broyant de ses mâchoires le plaisir qu’il retirait de ses infernales initiatives. Dieu merci elle n’était pas assise sur son membre, ce dernier recommençant à devenir d’une puissance de roc comme ne pouvait le laisser ignorer ses culottes.
Bref.
Se concentrer.

- Et bien voyons...Un matin je prendrai ma plus belle plume pour mander audience à Monsieur votre père. Ou plutôt non, je le prierai sans coup férir de me permettre de voir Mademoiselle de Jarjayes pour m’entretenir avec elle, seul à seul.

Elle le débarrassa soudain de sa veste, la chemise pas longue à passer par-dessus bord. Les joues définitivement cuites et les mains bien à plat sur ses côtes, elle secoua la tête en considérant ce qu’il espérait être à son goût.

- Impossible. Mon père dirait que tu es fou, qu’il n’existe pas de “Mademoiselle” au domaine.
- C’est fort probable. Néanmoins je me vêtirai de la plus élégante des façons puis, dès le lendemain, viendrai sur le perron de votre château...
- Mon père t’accueillera avec un sabre à la main.
- Je m’inclinerai pourtant très respectueusement devant lui. Ensuite seulement je l'assommerai.
- Oh ?

Ses prunelles étaient dilatées par le désir. Sa raison luttait, c’était visible, mais elle raffolait de ce qu’elle contemplait. Il s’imagina se mettre torse nu en pleine manoeuvre dans la cour de garde, rien que pour la troubler. Cette seule idée suffit à envoyer une nouvelle pulsion dans son membre; ne pas la toucher était réellement de l’ordre de la sainteté.
Se concentrer, donc.

- Absolument. Je te trouverai ensuite dans une des pièces de cette maudite bâtisse, et te prierai de m’entendre pour une affaire de la plus haute importance.
- Et la tasse de thé ?
- Tu as raison. J’avais oublié. Après avoir enjambé ton père inconscient sur le perron, je ferai apporter le thé dans un des salons puis te supplierai de m’entendre pour une affaire de la plus haute importance.
- Et j’accepterai ?
- Evidemment, tu adores le thé.
- Non, pas du tout.
- Tu adoreras le mien. Je te ferai asseoir, et me pencherai sur ta main très galamment en te disant que je suis au bord de la commotion.
- A cause de mon père ?
- A cause de ton étourdissante chute de rein.
- Ce n’est pas très médiéval...
- Hum... tu as raison encore une fois. Alors je dirai que je suis perdu, noyé, au bord d’un gouffre depuis des jours, lacéré par la délicatesse de ta peau à ne pouvoir la réchauffer de mes lèvres. Je parlerai aussi de ce courage tranquille qui m’émeut plus que tout et ta flamboyance, faisant bouillir mon sang dés que je suis près de toi.
- Je ne sais pas si cela me plaira...
- Je ne le sais pas non plus, alors je te ferai asseoir, et me mettrai à genoux pour m’étourdir de la beauté de tes yeux.
- Comme Molière et sa belle marquise ?
- Non pas, lui était ridicule.
- Oui mais cela me ferait rire, j’ai toujours adoré ce passage.
- Je n’aurai pas envie de te faire rire.
- Oh ?

Comme maintenant, sérieux. De sa rudesse exquise, elle caressait son sexe tout à fait dressé derrière le tissu; des éclairs lui passaient devant les yeux à se retenir de la posséder, sans ambages. Penser à quelque chose d’horrible, vite. L’image du Général affalé sur les marches, bave au coin de la lèvre, permit de contenir - un peu- sa jouissance galopante. De manière toute relative : le beau Capitaine se levait, faisant craquer le lit.

- Ne bouge pas !

Se mettre nue au-dessus de lui, voilà qui lui donnait vraiment l’envie d’obéir ! Plus un seul vêtement sur elle, de Dieu si il pourrait survivre à pareil spectacle. Et la redoutable petite diablesse de se rasseoir, bien plus avant sur ses hanches, là, tout près du feu torturant ses reins.

- Que me dirais-tu, encore ?

Rouée, fourbe petite fille ! Ses bras autour de son cou, un sourire carnassier en bandoulière, bravo très chère, imparable.
- Ça, c’est parfaitement déloyal...
- Chacun son tour, roucoula t-elle à son oreille. Alors ? J’attends....
- Mmmh...je te parlerai donc de tes yeux.
- Si fait. Quoi d’autre ?
- De ta chevelure incomparable peut-être.

Girodel ne fut même pas sûr d’avoir correctement articulé sa phrase, déboutonné qu’il était par des doigts impatients.

- Je fustigerai ta cruauté d’y avoir capturé l’astre du jour, puisqu’à chaque instant je me brûle à l’admirer en secret. Et je saisirai ta main délicate pour te démontrer ma dévotion mesurée en l’effleurant de ma bouche.
- Mesurée, vraiment ?
- Oui...la cour se fait ainsi, avec mesure. Et même respect.

Il faillit exploser quand elle l’introduisit elle-même en elle, il n’eut que le temps de la supplier, comme il put.

- Pitié, Oscar, ne bouge pas ! Bon sang, vite, le Général bavant, chauve, lépreux, édenté...Ce n’est pas humain ce que tu me fais subir. Ne bouge pas je t’en prie, attends, attends...

Sa moiteur l’accueillait avec une désarmante facilité, chaude, organique, en appétit. Tout comme lui. L’alchimie se reproduisait. Tout paraissait évident, inédit, elle prenait possession de ses sens et cela semblait ne pas avoir de fin.

- Respect, disais-tu...Cela signifie que tu reviendrais, pour me parler de mes cheveux ?
- Bien sûr. Chaque partie de ton corps et de ton âme y passeraient. Il me faudra assommer ton père jour après jour en revanche.
- Il me plairait de voir cela, je pense. Redis-moi encore...ces choses...

Elle parlait aussi mal que lui, ravagée par le plaisir de le maîtriser, enfin. Du moins le croyait-elle. Girodel jugea qu’il avait suffisamment repris empire sur ses ardeurs, son bras la ceintura durement pour la fixer sur sa verge, triomphant d’un sourire splendide lorsqu’elle hoqueta de surprise et de jouissance amorcées.
Elle s’accrocha comme elle put, cueillie par un spasme nouveau, comprit sans mot dire que le vrai jeu ne cesserait d’être ainsi, entre eux.

- Je te parlerai de tes jambes, interminables, qui hantent mes nuits de pauvre soldat solitaire...murmura le jeune homme en la soudant à lui d’un autre coup de rein.
- Solitaire, à d’autres...regimba t-elle.

Que sa voix s’éraille ainsi, il ne s’en lasserait jamais !
- Parfaitement. Il n’est pas de bon ton qu’une dame mette en doute l’honneur de son chevalier servant.
- Je t’ai vu à l’oeuvre, pourtant, à la Cour...Toutes ces femelles autour de toi, c’était d’un répugnant...

Elle grimaçait de manière si charmante, quand la jouissance montait, encore, toujours plus précise, au rythme lancinant de leurs corps impatients. Le temps même semblait se déliter, tous deux ne parlaient que par saccades, soupirs.

- Tu vois, j’avais raison : jalouse...
- Oui...oui...

Il n’eut même pas l’idée de marquer sa victoire, comment savoir sur quoi portait sa reddition ? Le plaisir qui montait, ou bien...elle ploya sa gorge, violente, griffa une de ses épaules tandis que l’orgasme la rendait incroyablement étroite autour de lui, il faillit exploser sans attendre. Sous un dernier effort de lucidité il se désengagea et jouit à son tour, en criant son nom. Elle n’eut cure du sperme maculant leurs ventres, leurs coeurs battaient à l’unisson, étroitement liés, dans les bras l’un de l’autre...
Un prénom, jeté ainsi...Consterné, Girodel pensa vaguement que tous les occupants de la bâtisse devaient maintenant savoir quel genre de professeur il était.


Consternation, ce fut précisément le sentiment partagé par une autre personne du château, à cet instant précis. Point du tout pour de si scandaleuses raisons cependant...malgré la lucidité légendaire du beau Lieutenant.
Rose Bertin se penchait sur un autre problème, infiniment plus persillé.

- Mais où on t-il donc la tête de nous faire manger ce genre de choses à peine le soleil levé !

De dégoût elle repoussa son assiette, emplie des fameuses saucisses qu’Oscar goûtait si fort un moment plus tôt. Des saucisses...quand à Versailles on vous servait des mets des plus raffinés aux étourdissantes saveurs ! Même la gentillesse de son voisin ne pouvait combler pareille barbarie.

- Je crains que ce ne soit la seule nourriture de ce matin, hasardait justement André.
- Balivernes, je suis une dame de qualité, il est hors de question que j’avale ces...ce gras qui a dû traîner Dieu sait où.

- Vous exagérer, cela n’est pas si mauvais...

Si ce jeune homme ne possédait un si étourdissant regard, nul doute qu’elle lui aurait reniflé de mépris sous le nez. Cet André n’était pas méchant, soit, mais le voir mâchouiller ainsi...
Réprimant un haut le coeur, la modiste s’éventa avec son mouchoir de dentelles et se força à se concentrer sur l’essentiel : la nuit porte conseil dit-on, la sienne en était riche. Les premières manoeuvres avaient échouée: compter sur “l’instinct féminin” d’Oscar...un désastre ! Laisser par erreur sa petite mallette emplie de parfums, de poudres, de mouches...et cette jeune personne n’avait même pas daigné y jeter un regard ! Toute femme normalement constituée aurait cédé à la curiosité à tout le moins...mais ce Capitaine de Jarjayes n’était pas un ennemi conventionnel, assurément, voilà le drame. Il fallait frapper fort, très fort, comme la fois où cette stupide Comtesse avait ri de sa tenue pervenche. Ah, comme cette pécore avait pâli lorsque la Reine elle-même avait arboré une tenue de cette couleur le jour suivant ! Imposer l’impossible, tel était son talent, à elle. Oscar en ferait de même, il...ou plutôt elle plierait, foi d’un éventail en soie.

Elle prétexta un petit malaise - d’ailleurs ce n’était qu’à moitié vrai, un moment de plus et ces saucisses la rendraient aveugle ! - pour revenir, seule, vers ces appartements...et les ignora copieusement en pointant vers l’autre aile. L’attaque frontale, voilà le secret !
Tant pis pour les promesses faites au bel André. Il était si candide...Elle connaissait la vie et puis elle était femme ; elle avait donc toutes les excuses.

- Capitaine de Jarjayes, êtes-vous là ? J’aimerais vous parler...

Elle retoqua, petit oiseau prêt à ne faire qu’une bouchée du gros chat, toqua encore et jura de manière très vulgaire.

- Sapristi !

Confondue par tant d’audace, la modiste rougit toute seule dans ce grand couloir désert. Cette jeune militaire lui faisait perdre tout sens moral décidément. N’aurait été l’ampleur de la cause, qu’elle aurait prestement tourné les talons, mais...non, renoncer était impossible. “Si l’on ne peut atteindre Dieu, parler à Ses anges”...bien sûr, le Lieutenant ! Ah, lui, en était-il une élégance. Cette prestance, de si bon matin ; et toujours le mot qu’il fallait dans ce pays de sauvages, il serait le parfait allié de sa nouvelle stratégie. Cet homme avait du bon sens, de l’éclat, toujours posé. Un sourire un peu trop...échauffant, parfois. De même que ses yeux. Une rigueur à toute épreuve et cela lui suffisait. La sobriété incarnée.

- Lieutenant de Girodel, c’est moi, Mademoiselle Bertin. Je voulais v...

La mâchoire de la modiste se décrocha, quand en lieu et place de sobriété elle faillit se cogner le nez à la chemise béante du jeune militaire. Bottes mises à la va-vite et cheveux vol-au-vent, le tout lui donnait un air canaille des plus...

- Ma chère Rose, comme votre visite est aimable ! Pardonnez ma mise épouvantable, je faisais un brin de toilette après m’être assoupi je l’avoue...

Alors qu’Oscar l’avait traîné de toute sa gueulante un moment plus tôt ? Cet homme se payait-il sa tête, par hasard ?

- Heu...Lieutenant, je voulais donc v...
- M’en voudriez-vous terriblement si je vous demandais un instant ? Une heure, plutôt. Enfin pourrions-nous converser ce soir si cela vous sied.
- Mais...mais non je...voulais vous parler d’Oscar, c’est terriblement urgent au contraire !
- Oui...certes...

Et ce maroufle d’afficher un air contrarié, charmant ! Traitée comme une inopportune mouche du coche, non mais quel toupet. Quel...tudieu, mais c’est qu’il était bel homme, avec cette chemise mise à la diable, sapristi ! Voilà qu’elle se sentait de nouveau rougir, elle, la femme d’expérience. La modiste se pencha sur le mode de la confidence, peut-être un peu pour lorgner plus à sa guise dans l’échancrure du vêtement, aussi.

- Lieutenant, figurez-vous qu’un terrible secret entoure votre Capitaine...Il n’est pas du tout ce qu’il parait être...en vérité, il cache une nature toute autre, à l’opposé du...mâle qu’il prétend, je v....

Rose Bertin repartit derechef vers des abîmes horrifiques quand Girodel explosa d’une toux fantastique, tapant du pied, se cognant la poitrine, bref faisant un potin de tous les diables; complètement, définitivement fou ce pauvre garçon ! Ou bien c’était elle, il lui avait semblé percevoir une sorte de rugissement, derrière. Sans doute le vent. Elle tenta de jeter un oeil mais c’était sans compter sur la carrure du jeune homme, incroyablement...percutante.

- Alors, ce soir n’est-ce pas ? J’attrape la mort comme vous le voyez, ces châteaux sont fatals pour le...le poitrinaire que je suis ! Une petite nature, je m’enrhume pour un rien ! Charmé de votre visite ! A ce soir ! Couvrez-vous également, ces couloirs sont traîtres !

Et en moins d’une seconde elle se râpait le nez sur le bois de la porte fermée à double-tour.
Alors...ça ! Un Capitaine travesti et son aide de camp frappé de peste bubonique en moins d’une seconde, on la prenait vraiment pour une volaille ! Elle dressa l’oreille...il toussait encore, ou bien riait-il. Des choses peu ordinaires secouaient ce château depuis ce matin, et qui paraissait puer autant que ses saucisses.
Ah non, vraiment ! Traitée de cette manière ! Alors qu’elle ne voulait que le bonheur de ce...cette blonde enfant en lui faisant voir les attraits d’une belle toilette.
Rose se gratta le menton.
Enfant et belle toilette dans la même phrase en parlant d’Oscar, c’était peut-être un peu osé. Voire carrément effrayant. Mais tous ces mystères ! Et ce Girodel qui ne s’habillait plus, maintenant, il en devenait très décoratif le bougre.

Désespérant de faire parler cette satanée porte, Rose Bertin décida brusquement de lever le camp, sa décision prise : puisque Dieu et ses anges étaient visiblement atteints lésions cérébrales graves, autant parler au Diable lui-même.
Elle espérait seulement que le Général ne se trouvât pas attablé devant une saucisse...

 

 

 

préc.             à suivre...

 

 


 

 

 

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Prologue - partie 2

16 Mai 2013 , Rédigé par rozam

 

 

- L’heure du choix, 2ème partie –

 

 

- Elle n’était donc point le monstre que nous décrivait Père…Il devrait en avoir bien honte.

- Sofia ! Veuillez immédiatement vous excuser !

 

Deux voix féminines, deux tessitures différentes mais une égale assurance à déranger le silence empesé. Le Palais s’humanisa soudain, fendillant son grandiose apparat au profit de la plus banale des scènes de famille. Si ce n’était le ton, justement.

Prénom jeté davantage par convention que réelle conviction…

A regarder plus attentivement Edvig-Catherine poser son œil d’un bleu sévère sur sa fille, il ne faisait guère de doute que la gracieuse personne venait d’émettre l’avis de tous. Et pour ne pas subir l’authentique remontrance paternelle autant valait celle-ci, toute de théâtralité et d’hypocrisie : la feld-maréchale connaissait bien son époux et son sens du drame.

 

- Pardonnez-moi, Père…répliqua t-on d’un air mutin dans une révérence imperceptible de gaité. Mère, voyez vous-même: Oscar n’est-elle pas absolument attendrissante ? Et il est visible qu’elle adore son fils. Elle et Hans forment un couple magnifique, je l’ai toujours dit !

 

Cette fois l’indulgence maternelle ne put faire de miracle.

 

- Mademoiselle ! foudroya Fredrik von Fersen sans plus pouvoir se contenir. Montez dans vos appartements sur-le-champ et ne reparaissez plus devant mes yeux sans que je vous l’ordonne ! Votre impertinence est une insulte aux principes que je vous ai inculqués, et je ne tolérerai point que vous manquiez à votre rang de la sorte ;

- Mon ami, allons…tempéra discrètement son épouse. Songez qu’il faut encore trouver un nom à cet enfant, notre fille ne peut décemment être écartée en ce jour si particulier…

 

Fersen père suspendit son courroux, désagréablement d’accord avec ce bon sens qui ne faisait jamais défaut. Il détestait avoir tort mais avait appris qu’il était pire chose encore en ce bas monde : contrarier sa femme. Cela lui occasionnait invariablement de terribles maux d’estomac.

Il renifla de mépris à défaut d’autre chose, manie qui n’avait rien de bien aristocrate.

Il s’en moquait.

Une toute petite voix lui soufflait que les deux femmes de sa vie avaient raison, encore et toujours, ultime argument pour se laisser arracher la peau plutôt que de leur montrer.

 

A quelques mètres de là, Oscar, elle, apprenait à avoir deux cœurs.

Viscéralement accrochés, là, tout près du sien ; battant une musique dont elle ne se lassait pas de suivre l’invisible harmonie. Hans, son fils…Elle dévidait mentalement ce dernier mot avec ravissement.

Un rien de culpabilité voletait encore d’avoir écouté sa faiblesse physique, si méprisable, se promettant avec tout autant de force que jamais rien sinon la mort ne la priverait plus de son enfant : Oscar avait toujours eu un sens de l’optimisme hors du commun.

 

Une ouïe très fine également ; au moment même où la chamaillerie éclatait, elle sut d’instinct qu’il fallait rassembler ses jeunes forces.

La terrible épreuve promise par Hans était bel et bien maintenant.

 

- Monsieur de Fersen, je vous remercie de vos bontés mais il est inutile de vous donner le soin de choisir un prénom pour notre fils. Hans et moi avons déjà pris notre décision.

- Pardon ? sursauta Fersen père.

- Pardon ? fit écho Fersen fils.

 

Ce dernier regarda le fin profil toujours penché sur leur enfant, avant de capter l’œil azur plein de malice.

 

- Peux-tu me dire le prénom que j’ai choisi, je te prie ? souffla t-il, éberlué.

- Pas le, les prénoms. Tu vas adorer…répliqua t-elle sur le même ton.

- Je n’en doute pas, même si le moment est parfaitement choisi pour m’évanouir comme tu me le recommandais. Evidemment, maintenant que tu n’en as plus que pour mon fils, tes bras son pris. Hilda, peut-être…

- Mon amour, si jamais tu t’approches d’elle je te tue, bras pris ou pas. J’ai décidé de redevenir redoutable.

- Ça, je le sais. Je pensais plutôt la prendre comme cuirasse contre les foudres de mon père : il vient vers nous, très chère.

 

Oscar vêtit son plus désarmant sourire, appris aux côtés de Hans durant ces longs mois de grossesse : cela marchait toujours, finissant invariablement en étreinte scandaleuse. Avec le père elle allait doser, tout de même.

 

- Mademoiselle de Jarjayes, je crains que vous n’ayez pas réellement compris le sens de cette réunion, s’exclama le feld-maréchal avec grande aigreur. C’est une tradition, vieille de plusieurs siècles, et je n’entends guère laisser une intrigante t….

- Père, mesurez vos propos, gronda aussitôt Hans en menant sa haute silhouette entre Oscar et lui. Je suis également chez moi ici, et je ne tolère pas que vous parliez ainsi à ma femme !

- Votre femme ? Vos sens vous égarent mon fils, justement, elle ne l’est pas.

- Ce n’est pas une raison pour lui manquer de respect, pas aujourd’hui. Veuillez immédiatement lui présenter vos excuses !

- Mes enfants seraient-ils tous devenus fous ? Il n’est p…

- Père, permettez…susurra Oscar en s’invitant dans l’arène.

 

Fredrick von Fersen se trouva soudain stupide en recevant un poids tiède entre ses bras maladroits, contraint de tenir pour la première fois son petit-fils à bout portant.

 

- Je vous présente Hans-Ludwig, François, Fredrick von Fersen, annonça Oscar d’une voix claire.

- Co…comment, vous osez lui donner mon prénom ?!

 

On ne sut si la protestation fusa pour cause d’indignation ou d’autre chose, le nouveau-né poussant un vagissement absolument sauvage de se trouver en si belle place. Les favoris et la barbe fournie toute blanche de son grand-père parut le ravir, il poussa bientôt de petits cris emplis de joie et de bave qui enchantèrent l’assemblée venue contempler pareil tour de force : le feld-maréchal se trouvait bouche-bée comme une carpe.

 

- Hans-Ludwig…

 

Visiblement ému, Hans capta la main de la jeune femme et l’entraîna plus loin, vers une des larges fenêtres frileusement tendues de soie bleu pâle.

 

- Tu avais raison, j’adore. Ce sont les premiers que nous avions trouvés, tu te souviens ?

- Oui, après la vingtaine de prénoms précédents. Hans von Fersen, si je te laissais faire, tu réécrirais notre histoire en racontant mille extravagances !

- Comme le fait que tu es un homme, par exemple ? grogna t-il en l’attirant à lui.

- Comme le fait que je suis « ta femme », par exemple…non mais qu’avais-tu en tête, à vouloir faire mourir de rage ta famille entière !

- Te faire entendre raison, plutôt. Je te l’ai déjà demandé, je recommence à présent : épouse-moi.

- Je…Hans, tu sais que je ne peux pas…mon père…il m’a reniée sans doute…je ne supporterai pas jeter la honte sur ton nom, je ne suis plus rien…

- Qu’importe mon nom et d’y jeter Dieu sait quoi ! Si ce n’est toi, sur un lit…

- Tu n’es qu’un rustre.

- Evidemment. Je crois me souvenir de quelques barbares velus parmi mes ancêtres…

- J’avais raison, n’importe quoi, souffla Oscar en s’appropriant une bouche si mensongère et séduisante.

 

Un raclement de gorge la rappela à l’ordre, l’instant suivant ensevelie sous une joie fraîche comme un bouquet de violettes.

 

- Oscar ! Le petit Hans-Ludwig est en train de conquérir notre père, vous êtes une magicienne !

- Hum…une sorcière, plutôt…sourit tristement la jeune femme face à l’étourdissante beauté qui lui serrait les mains.

- Ta, ta, ta, foi de Sofia, vous lui plaisez. Il se fera tuer sans jamais vous le dire, c’est une tête de bois.

- Sofia, n’as-tu pas honte ? la tança tendrement son frère.

- Oh toi, ça te va bien de me faire la morale.

- Si tu fais allusion au fait que je vive dans le péché…

- Exactement ! Et j’espère bien faire comme toi plus tard.

- Cette enfant est dépravée, soupira Hans en levant les yeux au ciel.

- Et puis vous ne devriez pas être là, Sofia. Votre père m’adore peut-être sans jamais me le dire, mais il vous a surtout interdit de me fréquenter. J’ai déjà terni la réputation du frère, je…

- Fadaises ! Il finira par se calmer. Il ne vous l’a pas dit non plus, mais d’avoir choisi son prénom l’a touché, c’est un ours mais son cœur est bon. Vous verrez ! Il va vite devenir complètement gâteux de Niel.

- Niel ?

- Cela veut dire « beau » dans notre langue, n’est-ce pas un joli diminutif ?

 

 

Ils ne moururent pas, finalement.

Aussi étrange que cela paraissait, ils avaient survécu et elle, Oscar, avait agit à sa guise. Quelle folie ! Sofia ne cessait de la regarder comme une héroïne désormais, c’était absurde.

Elle se sentait au contraire parfaitement misérable, pelotonnée devant le feu réchauffant leur chambre.

Le petit Hans « Niel » Ludwig vagissait faiblement dans la pièce jouxtant la leur, étroitement surveillée par Hilda prête à lui sauter dessus pour offrir un sein opulent.

Oscar avait rugi, griffé, hurlé, l’accouchement trop épuisant la privait de nourrir son fils, elle n’avait eu d’autre choix que de se soumettre cette fois.

Sans grands regrets, au fond ; elle voulait être raisonnable. Pour lui. Pour Hans, aussi, dont elle sentit les doigts effleurer son cou.

 

- Je vais être une mauvaise mère…murmura Oscar comme on énonce un fait banal.

- Tu seras un père formidable, alors.

- Idiot. Ne peux-tu être sérieux ?

- Lorsque tu énonces des fadaises comme dirait ma sœur, jamais. Et puis si tu t’occupes de notre fils de manière exécrable, c’est que tu t’occuperas divinement de moi. C’est tout ce que je demande.

- Tu n’es qu’un vil égoïste, ne put elle s’empêcher de rire, malgré l’angoisse sourde lui vrillant l’estomac.

 

Il vint la cueillir du fauteuil et la souleva, sans effort apparent.

 

- Je veux surtout que tu reprennes des forces, cher ange. Je compte jouer les Hilda et te nourrir comme un forcené.

- Hans…

- Je sais. Moi aussi, j’ai peur.

 

Elle enfouit son visage dans son cou sans mot dire.

- Ils te manquent, n’est-ce pas ? ajouta t-il en la serrant un peu plus.

 

Le jeune homme n’eut pas besoin de paroles. Il voyait, sentait cette vérité qu’obstinément elle taisait. Et ce n’était pas juste ceux de la maison Jarjayes, non ; c’était sa vie d’avant, ce destin en fuite bientôt réduit à l’état de loque. Avait-il pris la bonne décision ?

Hans se mordit les lèvres, sur le point d’ajouter quelque chose, puis se dirigea vers le lit.

 

 

****

 

Terrassée par l’ennui d’être sage, la neige s’abattit avec force la nuit suivante. Et, enfin repue de dévorer le moindre contour du paysage elle se calma tout aussi vite peu avant l’aube, la conscience tranquille.

Oscar découvrit ce spectacle féérique avec un appétit tout aussi grand : aujourd’hui, elle allait faire connaître le palais à son fils. La moindre pièce. C’était chez lui à présent, le seul foyer qu’il connaîtrait jamais.

Soupirant sous d’obscures douleurs, la jeune femme s’apprêtait à aller voir si le petit aventurier était réveillé, quand Hilda déboula dans la chambre, les tresses avenantes et l’accent gros comme son bras. Il faudrait lui apprendre à frapper, décidément ; et rien que la porte vu la taille de ses biceps.

 

- Madame, Madame, il vous faut descendre !

- Bonjour à vous aussi, Hilda. Oui, je le sais, je viens justement prendre mon…

- Non, non tout de suite ! Monsieur Hans a donné des ordres !

- Pardon ? De quoi parlez-vous.

La matrone du nord compta sur ses doigts, concentrée.

- Je devais attendre votre réveil, vous laisser déjeuner. Ensuite vous prévenir. Et après amener Son Excellence.

- Le feld-maréchal von Fersen ?

- Non, votre fils.

- Hans-Ludwig, mais…

- Son Excellence, oui, dans cet ordre ! Monsieur Hans a dit que vous deviez…

- …descendre, j’ai compris.

 

« Monsieur Hans »…juste après ce trop plein de mystères, elle allait avoir une sérieuse conversation avec la viking velue.

Un mauvais pressentiment l’étreignait, pour tout dire. Encore un conseil de famille… ou mieux, un bannissement. Et puis quelle était encore cette fantaisie ! Excellence… Se dirigeant au hasard vers les grands salons inférieurs, Oscar se souvint des titres de noblesses qui faisaient rage ici, longs comme les couloirs du Palais de Versailles. Pas étonnant qu’il y eut quelques branches liées au roi de Suède dans l’héritage de la maison Fersen. Donc son fils était prince…en plus d’être bâtard. Magnifique.

 

L’esprit plein de recoins sombres alors que tout n’était que lumière, au dehors, la jeune femme trouva enfin son chemin dans les dédales luxueux ; ce faste…s’y habituerait-elle un jour ? Elle eut hâte soudain de retrouver celui qui lui faisait toujours battre le cœur, rien qu’à le regarder entrer dans une pièce. Son sourire, sa fronde tranquille lui était plus nécessaire qu’une drogue décidément…même si son goût du mystère l’horripilait à cette seconde. Par chance, elle trouva le jeune homme dans le troisième salon visité, dos tourné, occupé à contempler le parc.

 

- Hans ! Peux-tu me dire ce que signifie ce jeu de piste ? Tu prétendais vouloir prendre soin de ma santé et tu me fais jouer les chiens truffiers à travers tout…

- J’ai une surprise pour toi, sourit-il en se tournant à demi. Elle t’attend dans l’autre pièce.

- Oh, je déteste ce sourire-là…si c’est encore une de tes extravagances, je te promets les pires représailles !

- Attend au moins de voir de quoi il s’agit…

- Tu sais que tu m’agaces, grommela une Oscar fidèle à elle-même, marchant sur la porte close comme un général monterait vers le front ennemi. Si ton fils te ressemble, je vais certainement devenir folle ! C’est peut-être d’ailleurs ce que tu cherches, tu…

 

La poignée lui échappa des mains. De même que son souffle. Pétrifiée sur le seuil, pâle, puis rouge, les mots se formèrent sur ses lèvres muettes, à balbutier l’improbable réalité, reprenant vie à chaque seconde jusqu’à gonfler sa poitrine de soubresauts frénétiques. Et puis ce cri, fait de chair, viscéral, de joie animale enfin.

 

- André !

 

Chancelante, pantelante on la cueillit, étreinte de rires et de larmes flamboyantes, et féroces, égaux aux siens. Etait-ce possible de ne pas en mourir, ainsi broyée de bonheur et de jeunesses ! Elle répétait le prénom, talisman brandi face à tant de démons vieux de longs mois, des siècles. André…

 

Enfin reposée au sol, Oscar toucha le visage de ce fantôme terrestre, émerveillée de le trouver à la fois identique et changé. Et tout simplement, là.

 

- C’est impossible…murmura t-elle malgré la multitude d’interrogations contradictoires. Tu ne m’as jamais répondu, par quel miracle…

- C’est grâce à Hans, je veux dire, Monsieur de Fersen.

- Hans conviendra très bien désormais, dit-on doucement derrière elle.

 

Oscar jeta par-dessus son épaule un regard noyé et éperdu d’amour. Diable d’homme…rayonnant de secrets, évidemment qu’il la rendrait folle ! Mais toujours de délicieuse manière.

 

- Je ne comprends pas, dis-moi, reprit la jeune femme se saisissant des mains d’André.

- Ton père. Il a intercepté les quelques missives que tu m’as envoyé, il a fait de même pour les miennes. Monsieur d…Hans, a dû s’en douter. Il y a de cela deux mois il a fait envoyer une personne de confiance pour me contacter personnellement. De même que remettre un pli très…spécial à ton père.

- Quoi…mais que…comment ça…

- Je lui ai fait dire que tu étais morte, intervint Hans, nonchalamment appuyé contre le chambranle de la porte.

- QUOI ?!

 

Cette fois elle dut s’asseoir, aidée par son ami d’enfance aussi souriant que son compagnon, tous les deux guère gênés par une si macabre farce apparemment.

 

- L’effet a été…dévastateur, je dois dire, confirma André en étouffant un rire joyeux. Ce…Aoutch !

- MORTE ! cria Oscar en tapant le bras du jeune homme.

- Hé, mais je n’y suis pour rien, moi ! Ton père s’est littéralement effondré, physiquement, avant de se redresser comme un diable en vouant Monsieur de Fersen aux feux de l’Enfer. Tout était de sa faute évidemment ; et il ne savait pas à quel point…

-  Mais allez-vous arrêter tous les deux de vous gausser, jouer ainsi avec…bénissez le ciel que je sois trop faible pour vous étriper ! Lui as-tu dit lorsque tu es parti, au moins ?

- Non. Hans m’avait recommandé de n’en rien faire, de ne le mettre au courant que lorsque nous arriverions au domaine.

- Tu…tu…veux dire…

 

Oscar, brusquement pâle comme la cire, s’adossa sous l’air lui faisant défaut. En quelques enjambées Hans fut près d’elle, à lui saisir tendrement la main.

 

- Je sais, tu me détestes : oui Oscar, ton père est ici. Enfin à l’auberge d’Ekerö, à quelques lieues du palais. Vous êtes pires que des mules tous les deux, je savais bien que tu ne dirais jamais rien de l’affreuse peine qui te rongeait. Croyais-tu que je ne le verrai pas ? Et je suis sûr qu’il préférait pareillement endurer mille tourments plutôt que de s’abaisser à venir de lui-même. Je devais bien trouver un moyen, même discutable. Il t’aime. Et il va aimer notre fils…

- Justement…aurais-je le droit…de le voir, moi ? hasarda timidement André.

 

****

 

Dès le premier regard, on sut qu’il y aurait la guerre.

Hans avait tort, pour une fois : les « beaux-pères » décidèrent immédiatement de se détester mutuellement.

 

L’annonce de ces nouveaux arrivants venus de France avait fait trembler les murs de Drottningholm, il n’avait pas fallu plus d’une demi-heure à André pour devenir une attraction exotique. Peu goûtée du feld-maréchal, il va sans dire ; nettement plus enthousiasmante pour ses enfants, et tout particulièrement de Sofia. Cette jeune personne avait un talent bien particulier de s’approprier le moindre événement, pour en faire quelque chose d’éminemment distrayant. Ou cataclysmique, selon les points de vue.

Elle voulut donc aussitôt rencontrer ce meilleur ami tombé des cieux et le passer au feu nourri de ses questions, initiative aussitôt formellement interdite. Ce qui ne pouvait qu’attiser ses envies de transgression.

Et quand on sut que le Général de Jarjayes attendait dans une chambre d’auberge…

 

- De quoi avons-nous l’air, je vous le demande, maugréa Fersen père sanglé dans son uniforme officiel, planté dans le Grand Salon plus raide et désagréable que jamais.

Sa femme devina qu’il ne lui demandait rien du tout, comme d’habitude.

- Mon ami, il faudrait savoir : vous aviez décidé de ne pas fréquenter la fille, pourquoi recevoir aujourd’hui le père ?

- Un Général de Sa Majesté ! Le Roi de France, Edvig, vous rendez-vous compte ! Je suis sûr qu’il serait capable de colporter à la Cour que nous l’avons reçu comme un manant.

- Mmh…un général connaissant le Roi. Oscar ne serait donc pas « l’intrigante » que vous vouliez bien nous laisser croire…

- Une fille élevée comme un garçon, pfeuh…Votre fils ne pouvait choisir autre chose, évidemment !

- Taisez-vous mon ami, ou votre Général serait capable de colporter que vous êtes étroit d’esprit, ce qui serait un comble. Et si faux.

 

Le feld-maréchal fut bien obligé d’étouffer sa réplique acide : le majordome introduisait le visiteur, avec force roulades dans l’annonce de son nom. Le Général lui lança d’ailleurs un regard réprobateur, avant de le dédier à son « alter-ego ».

La guerre, sans conteste.

 

 

- Comte de Jarjayes, acceptez mes souhaits de bienvenue, entama Fersen père d’une voix aussi glaciale que le temps. Lorsque j’ai eu connaissance de votre…situation, j’ai immédiatement donné ordre de vous loger ici, au palais de Drottningholm.

- Ma chambre me convenait parfaitement, répliqua le Général sur le même ton, faisant mine de ne pas avoir remarqué le soin particulier mis sur le mot « palais ».

- Nous ne pouvions décemment vous laisser dans ce…bouge.

- Il n’en était rien. Et pour tout vous dire, je viens voir mon f…ma fille. Où est-elle ?

- Rassurez-vous, nous ne l’avons pas mangée…renifla le feld-maréchal. Nous ne sommes pas dans les Carpates !

- Je goûte peu ce trait d’humour, Monsieur. Il y a peu encore je la croyais morte.

- A qui la faute…ricana le noble suédois.

La mèche était allumée.

- A votre fils, apparemment. Tout comme le reste d’ailleurs.

- Que voulez-vous insinuer ?

- Je n’insinue pas, j’affirme. Il a jeté le discrédit sur le nom des Jarjayes quand vous me parlez  chambres de taverne !

- Pa…pardon ? Retirez immédiatement ce que vous venez de dire !

- Je ne retire rien et je persiste : votre fils n’est qu’un séducteur de bas étage et devra me rendre raison ! Ou vous, s’il n’a pas le courage de m’affronter comme je le crois.

- Monsieur ! Mes témoins sont à votre disposition !  Je n…

- Monsieur de Jarjayes, comment se portait la Reine lorsque vous avez quitté la Cour ? Est-il vrai que la mode est à ces extravagantes perruques ? J’ai vu tantôt des gravures absolument étourdissantes sur le sujet.

 

L’œil bleu d’Edvig-Catherine n’était pas uniquement sévère : il pouvait se montrer carrément impitoyable. Se portant sans hâte devant le Général, elle lui tendait la main, impériale de tranquillité, comme s’il fut une vieille connaissance de la famille.

 

Comme le voulaient les convenances, Oscar n’était pas présente. Pas encore. Pas tout à fait, pour être juste : l’oreille collée à la porte, elle tentait avidement de capter la tuerie qui menaçait d’éclater.

Il était fort dommage qu’elle ne puisse voir, en revanche : l’expression du Général fut un délice de contrariété et de spéculations tordues.

En bon stratège qu’il était, il comprit vite le danger auquel il s’exposait. Rendre gorge à ces maroufles de Fersen père et fils était une chose, il macérait sa rage depuis trop de mois pour s’arrêter en si bon chemin ;  par contre insulter cette femme encore très belle en était une autre ; il n’en doutait pas, c’était elle le chef de meute de ce château maudit. Ce paramètre contrariait grandement son plan. L’autre grognait et tempêtait tout son soûl mais Edvig-Catherine était la reine de ces lieux, il le comprit l’espace d’un éclair.

Se recomposant tant bien que mal une attitude, le général se pencha sur cette main offerte et claqua des talons, aussi galant que possible quand on projette d’assassiner ses hôtes.

 

- Je…hum, la Reine se portait aussi bien que le permet l’époque, Madame. Pour la mode française, je crains de ne vous être d’aucune espèce d’utilité. Je ne m’occupe guère de ces fredaines, si vous me permettez l’expression.

- Fredaines, quel joli mot français. Vous avez sur nous le monopole du bel esprit, Monsieur, et je serais ravie de débattre avec vous de sujets autres que la mode, si cela vous agrée.

- Madame ! voulut protester son mari, scandalisé.

- …et pour ce qui est de ce duel, Monsieur de Jarjayes, vous devrez le remettre à plus tard je le crains. Libre à vous de vous adonner à vos jeux sanglants par la suite, les hommes aiment ce genre de barbaries pour guérir leur ennui de l’existence ;  ils ont si peu d’imagination. Mais votre fille et votre petit-fils réclament vos attentions immédiates.

- Madame ! tenta encore le feld-maréchal, rouge comme une soupière sur le point d’exploser.

 

Les deux hommes ne purent que se soumettre. Quelques secondes plus tard, la porte du fond s’ouvrait sur une Oscar transportée d’émotions silencieuses, incertaine encore de marcher vers un rêve ou un cauchemar.

 

Mais cela, c’était sans compter sur le Destin malicieux toujours attentif à l’existence si particulière des Jarjayes.

Car ce fut à cet instant précis, au moment où le père découvrait le fruit des amours de Hans et d’Oscar, qu’Il décida de les jeter tous bientôt dans la plus folle et périlleuse des aventures, au mépris de la plus élémentaire tranquillité familiale.

 

 

 

prèc.           à suivre.....

 

 

 

 

 

 

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Prologue - partie 1

6 Mai 2013 , Rédigé par rozam

 

 

LA MALÉDICTION DU SCARABÉE JAUNE

 

 

 

 

 

 

Prologue -     

L’heure du choix, 1ère partie.

  

Le Lac de Mälar est envoûtant à cette époque de l’année. Il prend la teinte que le ciel accorde selon ses fantaisies, tantôt d’une profondeur candide où les elfes aiment à venir chuchoter leurs derniers artifices, tantôt terrifiant aux premières heures de l’aube, plus noir qu’un gouffre.

Mais les eaux scintillantes gagnent vite la bataille et jettent alentour leur magie dès le levé du soleil, rendant vivante l’atmosphère par leurs gouttes de rosée en continuelle suspension.

Vers le mois de décembre ce lac devient entité, un être organique qui déploie sa réserve vitale sur chaque parcelle du domaine endormi sous la mélodie hivernale. Tout comme sur cette bâtisse, non loin. Ce Palais plutôt, dont la magnificence de basalte se rehaussait davantage sous cette aube-là, toute de fierté paresseuse grâce à la lumière crue du ciel.

La voûte céleste était prête crouler sous la neige proche comme un tissu trop fatigué de se tendre, mais l’air déjà s’enroulait joyeux au-dessus du Lac en de savants tourbillons d’écume, s’étrillant de plaisir sain sous la perspective de la couverture cotonneuse.

 

Les humains, eux, se préparaient d’une autre sorte à ce plaisir en équarrissant des troncs centenaires pour nourrir les gueules affamées des cheminées, laissant les volets clos le plus tard possible.

Mais à bien y regarder quelques fenêtres n’étaient pas borgnes, à l’étage. Elles trahissaient même d’une activité certaine comme témoignaient les flammes vacillantes de nombreuses bougies devant lesquelles passait et repassait une carrure d’homme, visiblement agité.

Doublée d’une voix qui ne l’était pas moins.

 

- Mon Dieu, cher ange parle-moi. Dis-moi quelque chose je t’en prie !

 

La chambre était vaste, meublée d’un goût exquis. Comme tous les appartements du Château, elle avait été décorée de manière unique, selon les ordres de ses occupants. Même si ceux-ci n’avaient que faire à cette seconde de l’harmonie délicate des bruns chauds et des bleus céladon… La belle voix grave continua, incapable de contenir l’inquiétude grandissante devant un spectacle tout simplement invraisemblable. 

 

- Dis-moi, par tous les Dieux dis-moi ce que je dois faire mon amour ! 

 

Là, au milieu d’un amas de draps de dentelles raffinées, perdue dans le lit immense à colonnades une silhouette gracile secouée de sanglots prêts à engloutir l’univers lui-même à commencer par cette chambre, si ravissante fut-elle.

Désemparé, le Comte Hans-Axel de Fersen finit par s’asseoir tout près de ce déluge et voulut effleurer une épaule mais aussitôt on se dégagea, comme si ce simple contact était pire qu’une brûlure.

 

- Laisse-moi, va-t-en ! Je t’interdis d’être là ! Je t’interdis de me regarder, je t’interdis de me parler ! Je suis horrible… 

 

Pour la énième fois le Comte de Fersen soupira.

Il se retint très fort de ne pas répliquer et ne surtout pas contredire un être qui définitivement le faisait fondre même en pleine crise de désespoir. D’autant que cet interdit il le bravait allègrement, regardant au contraire avec grande admiration le fouillis de boucles soyeuses répandu sur les draps blancs…

-  Je… 

-  VA-T-EN !! 

…ses longs cheveux, cette masse vivante et chaude, Dieu qu’il avait envie de s’y noyer. Mais c’était plutôt sa propriétaire qui s’y engloutissait, de même que dans ses propres larmes, sans plus pouvoir s’arrêter un jour. Et lui ne pouvait la laisser ainsi…Mais que faire, quoi dire ?

Que dit-on à une toute jeune accouchée qui soudain sombre dans le plus grand des marasmes sans explication apparente ? Qui, brusquement, refuse le plus petit contact visuel en se prétendant hideuse, si misérable que même lui, l’homme amoureux, ne peut oser la contredire sous peine d’aggraver la situation ? Après les douleurs atroces de l’accouchement pour elle, pour lui l’angoisse suprême d’avoir cru la perdre…voilà qu’il se retrouvait encore une fois impuissant, incapable de prendre la moindre parcelle de cette invisible souffrance qui la martyrisait. Car ce n’était plus son physique dont il s’agissait, mais de son moral, en cet instant ténu, précaire, où toute la misère du monde semblait peser sur ses épaules et son âme.

Il se pencha encore, sur les deux bras refermés par-dessus la chevelure flamboyante, faillit l’embrasser mais se retint et préféra lui murmurer, tout proche.

 

- C’est vrai mon amour, tu as raison. Tu es totalement horrible, je suis d’accord avec toi. 

 

Les sanglots ne se calmèrent pas pour autant mais au moins il n’eut pas droit aux cris. Ni au énième « Va-t-en ».

Un moment rien ne se passa, puis deux lacs aussi mystérieux et ravagés que celui triomphant au dehors émergèrent des boucles collées de larmes.

 

-  C…c’est vrai ? Je suis affreuse, tu l’admets enfin… 

- Complètement. Je n’ai même jamais vu quelqu’un de plus repoussant que toi. 

 

Ce jeune corps était secoué de spasmes, mais le regard tint bon. Peu à peu deux pupilles magnifiques se précisèrent, dilatées par la peine, rougis par le désespoir. Et vraiment, vraiment irrésistibles pour l’homme qu’il était.

Fersen se retint très fort de ne pas prendre le délicat visage entre ses mains, il se contenta de la regarder, elle…

 

Oscar.

Oscar de Jarjayes, non plus soldat de Sa Majesté, ni Capitaine de la Garde. Juste une femme, une jeune mère subissant le contrechoc d’un accouchement plus qu’éprouvant, jetée dans cette sorte de dépression mystérieuse émoussant tous ses courages. D’une vaillance sans faille pourtant, mordant la douleur pour ne pas la laisser sortir de sa gorge lorsque les contractions lui déchiraient le corps, fière, belle dans la réalité sanglante de l’enfantement, sa main daignant juste broyer celle de l’homme à ses côtés pour exprimer une douleur qu’on devinait immense. Jusqu’à son cri, ultime, suivit de près par un autre si fragile et grêle, une victoire nouvelle à chaque vagissement. Une aube de possibles et d’espoirs les plus fous, en ce petit être né d’un amour puissant. Elle l’avait tenu aussi longtemps que ses forces le lui permirent, puis ses yeux azur s’étaient fermés, et Fersen avait cueilli sur son sein ce fruit d’émotions magnifique. Et il avait pleuré à son tour, longuement. Sans aucune honte tout en souriant à ce miracle, impressionné par la force fragile s’agitant dans ses bras.

Oscar avait dormi presque deux jours entiers ; puis, reprenant conscience mais refusant de voir son enfant, lui étaient venues les larmes relayant la fatigue et ce désespoir invraisemblable qui la jetait dans ces vaines inquiétudes, celle de ne pouvoir assumer le rôle que la vie lui accordait.

Et cet état d’extrême faiblesse lui ressemblait si peu...elle en était immensément désirable.

Fersen la contempla, patient, tandis qu’elle reprenait sa litanie familière, la voix brisée et le regard vacillant.

 

- Je n’y arriverai jamais. Je ne suis pas faite pour être mère, Hans ! Et…et puis je suis hideuse. N’est-ce pas que je suis hideuse ? 

- Oui. Absolument. Tu es effrayante, au-delà des mots. Je ne sais même comment j’arrive à soutenir pareille horreur. 

 

Oscar renifla bruyamment. Ses yeux dans les siens, pour y détecter la sincérité.

- C’est vrai ? 

- Mais oui, t’ai-je jamais menti ? 

 

Une ombre de sourire passa sur le visage ravagé, en écho à la séduisante fossette qu’animait la joue virile. Le mensonge…n’est-ce pas cela qui les avait réunit finalement ? *

Cette folle aventure vécue ensemble, le mystère qu’il avait dû entretenir sur sa véritable activité, la tentation éprouvée près de cette jeune femme en tout point unique, à laquelle il n’avait pu que succomber malgré le danger. Fersen accentua son irrésistible sourire.

Elle n’était pas dupe, cette jeune indomptée. En noyant son regard dans le sien elle y voyait clairement l’amour, l’adoration qu’il lui portait, mais vêtue de cette tendre insolence qui leur seyait si parfaitement à l’un comme à l’autre. Oscar n’aurait jamais supporté qu’il la plaignît. Attentif, oui. Amoureux…sans l’ombre d’un doute. Mais compatissant, voilà bien la seule chose qu’elle ne pouvait concevoir. Même perdue parmi ses angoisses elle restait forte, avait besoin qu’il le soit aussi. A leur manière.

 

Il sortit un carré de soie qu’elle consentit à saisir, sans songer à étancher ses yeux inondés. Elle fronça des sourcils malheureux.

 

- Hans…Je n’y arriverai pas. Je sens que je vais avoir une influence épouvantable sur cet enfant. Je crois que…il vaut mieux que je m’efface. Je… Tu l’élèveras, avec toi il sera bien plus heureux. 

- Mais bien sûr cher ange. Et puis il faut sans doute que tu me trouves une nouvelle compagne, n’est-ce pas ? Je sais que tu aimes faire les choses comme il faut. Dès demain nous allons faire venir ici une kyrielle de prétendantes, toutes plus laides les unes que les autres il va sans dire. Tiens, à commencer par cette chère Ingrid tu te souviens ? Je ne sais pourquoi mais je brûle de savoir ce qu’elle et son pied bot deviennent… 

 

L’effet fut immédiat, quoique subtile : Oscar reprit des reniflements…nettement plus affirmés.

Elle se dressa, un peu plus, dévoilant une très jolie poitrine ayant pris de nouveaux galbes depuis sa maternité, tendant la fine baptiste et les nœuds de satin au point qu’il ne put faire autrement que de la caresser des yeux quelques secondes.

Réflexe qu’elle nota évidemment aussitôt même si sa douleur morale resta intacte.

Elle souffrait, réellement, il le savait et cela lui tordait le cœur.

 

Ses craintes n’étaient pas une vue de l’esprit, et il était si émouvant de voir que la fière militaire avait enfin trouvé celui devant qui elle consentait plier : son enfant. Bien que l’un l’autre dussent s’apprivoiser encore sans doute.

Fersen s’allongea à ses côtés, nonchalamment appuyé sur un coude de cette élégance naturelle le caractérisant.

 

- Tu devrais le voir…il est magnifique sais-tu. Il pose déjà un regard sur le monde d’une maturité confondante. Il sourit, souvent, me reconnaît même à travers ses rêves lorsque je lui parle.

 

Oscar se prit à être attentive malgré elle.

Ses sanglots se calmaient à mesure que l’instinct se fit jour, cette envie dévorante de tout savoir sur les quelques heures d’existence qu’involontairement elle avait manqué. Fersen poursuivit, tendre.

 

- Et il a tes yeux. Ainsi que mon appétit, c’est-à-dire qu’il dévore goulûment la généreuse poitrine de sa nourrice, et pas que du regard je le crains. En cela il me surpasse je dois l’admettre...

- Sa nourrice ? Une nourrice, quelle nourrice ! Comment est-elle ? Tu la connais elle aussi ?

 

Fersen étouffa un sourire. Les vieilles recettes étaient décidément les meilleures, les vieux réflexes également et Oscar apparemment peu prête à les oublier. Jalouse…elle était décidément adorable dans ce rôle lui allant si bien, jusqu’à en oublier de pleurer.

Ce qui était l’effet recherché, évidemment.

Il se mit négligemment sur le dos et poursuivit.

 

- Ah, Hilda…exhala t-il béatement. Tu vas l’adorer. Elle est superbe, je l’ai choisi avec grand soin tu peux me croire. Mon Dieu, une vraie beauté…Ce corps, ce visage…cette moustache, mmhhh… 

- Quoi ?! Elle a une moustache ?!! 

- Foisonnante. Quand on est fille et petite-fille jusqu’à la quatorzième génération de sauvages Vikings, la chose est tout à fait courante tu sais. Et puis discrète, d’une sobriété absolue : elle ne se déplace jamais sans un casque à cornes et une lance, assortis de longues tresses blondes mettant en valeur sa… 

 - …sa généreuse poitrine, j’avais compris. 

 

Un poids léger vint se lover soudain sur son torse, assorti d’un poing n’ayant pas encore retrouvé toute sa vigueur première, grâce à Dieu.

 

- Je te déteste, Hans-Axel de Fersen. Tu le sais, cela ? 

Il referma les bras en prenant garde de ne pas la brusquer, exprima son bien-être sous la chaleur venue se nicher dans son cou.

 

- Et oui mon cher amour, j’ai toujours su que je devrais t’aimer pour deux, c’est ainsi.

 

Ils restèrent silencieux un long moment puis avec d’infinies précautions il la bascula pour pouvoir regarder avidement ce visage épuisé, gardant toute sa noblesse sous ses doigts attentifs.

 

- Et sais-tu pourquoi je t’aime tant ?  murmura t-il. Parce que tu vas faire la plus vaillante, la plus courageuse et tendre des mères, la meilleure qui soit, pour notre enfant…Notre fils.

Il caressa la pommette, assécha les larmes de son pouce.

 

- Il n’attend que toi. Il te réclame…et toi aussi, dans ton sommeil tu ne cessais de l’appeler. 

- Je n…c’est vrai ? 

- Bien sûr, même si je dois t’avouer que tu ne m’as pas vraiment aidé cette fois-ci. J’essayais de capter un prénom distinct, peine perdue…je crois d’ailleurs que nous avions vue les choses en grand, trop grand. Dix prénoms si c’était un garçon et quinze pour une fille sans rien vouloir décider….

- Tu sais très bien que c’est toi qui ne voulais pas ! Tu avais peur pour moi, pour ces bêtises de superstition quand à ma vie…alors que je suis en parfaite santé !

 

Il sourit.

Son Oscar. Enfin. Tout elle dans ce mensonge.

 

- Certes…je profite donc de ton éclatante santé retrouvée pour t’annoncer une petite chose ma chère.

Elle fronça les sourcils.

- Lorsque tu m’appelles « ma chère » c’est le signe d’une catastrophe imminente… 

- Tu as parfaitement deviné. Quelque chose de terrible va bientôt avoir lieu ici, pire que toutes les épreuves vécues ensemble je le crains hélas… 

- Quoi ! Mais parle bon sang ! 

- Un conseil de famille. Il me semble bien que les Fersen veulent également avoir leur mot à dire sur le choix du prénom. Je n’ai rien pu faire. Prépare-toi mon cher amour, nous allons vivre des heures terribles…

 

****

 

Ce qu’il y avait de commode avec la Grand-Salle d’apparat du Palais de Drottningholm, était que pas la moindre, pas la plus petite once de convivialité n’était possible ni même envisageable un seul instant. La magnificence était telle, les dimensions à ce point impressionnantes qu’un invité devait ou bien feindre l’indifférence blasée pour masquer son embarras devant tant de faste, ou l’admiration hébété qui le rendait extrêmement stupide aux yeux de tous.

Oscar, pour sa part, ne choisit ni l’un ni l’autre, habituée qu’elle fut de Versailles et sa Galerie des Glaces dépassant tout de même largement les merveilles étalées là, se contenta d’afficher un air infiniment brave.

 

Elle n’était pas aimée ici, et le savait. Tolérée oui ; admise, voilà qui ne serait sans doute jamais possible. Perçue comme la plus vile des mécréantes même si la chose n’avait jamais été clairement formulée. Mais il est des notions qui n’ont hélas pas besoin de mots pour être évidence, elles n’en sont que plus blessantes pour les êtres sensibles à ce jugement sans appel. Cette condamnation.

Car Oscar ne pouvait ignorer la part de vérité que contenait l’indifférence froide dont on voulait bien la gratifier. Souvent, durant ses longs mois de grossesse qu’elle avait trouvé désespérément ennuyeux et inutiles – « et alors Hans, ne pourrait-il exister une dérogation spéciale pour moi, je veux ferrailler sur le champ ! – Pas dans ton état Oscar. On ne se bat pas enceinte de 7 mois. – Peste, puis-je savoir QUI a décrété cette ânerie ?  - Dame Nature ma chère. – Billevesée. Cela n’est pas valable pour moi, et puis entre femmes on se comprend. Cette brave dame Nature ne peut s’offusquer d’une petite séance d’escrime q…- Oscar, NON ! – Hans…pense à me dire de te casser la figure quand je serai délivrée… » –  réflexions nées de ces repos forcés donc, ne pouvaient donner tout à fait tort aux êtres l’accueillant ici. Elle-même, comment aurait-elle réagi ? Si pleine de morgue, de principes édictés par la rigide éducation d’un père confit d’honneurs, accablée par ce titre qu’enfant elle avait appris à porter sans faille malgré ses épaules frêles.

Jarjayes.

 

Jarjayes, oui…

Que devenaient-ils tous, là-bas, dans la lointaine France…

 

Ce père, détesté, adoré et craint aurait-il agit pareillement que l’intimidant feld-maréchal Frederik Axel von Fersen ? A bien des égards cet homme ressemblait à ce père austère et intransigeant qui était le sien, pourtant elle ne fut pas sûre qu’il aurait cédé, lui. Accueillir « son fils » et son amant sous le même toit, pour y cacher une grossesse honteuse…au moins il n’aurait pu dire être déçu quand au manque d’originalité de la situation ! Mais accepter une tel déshonneur…il ne l’aurait même pas envisagé, Oscar en fut sûre. Et cette certitude la rongeait.

Son regard se faisait invariablement mélancolique alors, à l’idée d’être l’éternelle déracinée sans espoir possible de remonter le temps, effacer le choix funeste d’un père voulant défier le Destin et jouer avec lui, n’être pour lui ni sa fille ni ce fils artificiellement créé ; car il devait l’avoir reniée à présent, sans le moindre remord.

Elle n’avait reçu aucune nouvelle, depuis ; n’en avait pas donné d’ailleurs hormis quelques missives envoyées à la hâte durant le voyage les menant elle et Fersen jusqu’à Drottningholm. De courts billets adressés au seul être qui lui manquait profondément pour dire vrai, André, cet autre reflet d’elle-même perdu dans un recoin de sa mémoire vivace.

Son sourire, son amical irrespect lui manquait. Ici on la méprisait, l’ignorait ou…

 

Avant de pénétrer dans l’antre grandiose, Oscar sourit pour elle-même. Ici on l’aimait également, avec passion, folie, à coup de sourires délicieusement moqueurs et séduisants, d’attentions qui jamais ne se voulaient pesantes.

Hans…lui aussi était son trésor, un miracle que la vie avait jeté sous ses bottes comme les cailloux des grands chemins ! Un bouquet d’insolente élégance, une promesse d’étonnements permanents dès le réveil. Et des lèvres, tendres, des mots incompréhensibles de roulades envoûtantes murmurés au creux de son oreille. Elle lui avait d’ailleurs demandé ce que ces mots voulaient dire, un jour. « Ces mots, quels mots ? Ah, ceux-là…Ce n’est que l’énoncé des bourgades avoisinantes… - Comment ? Me ferais-tu la liste des patelins lorsque nous faisons l’amour ? – Bien sûr : tout n’est que sensualité ici en Suède... –Idiot ! – Je sais. Je t’aime… »

 

Oscar frémit, entendant soudain ces mots non pas dans son souvenir mais concrets,  versés tout contre ses cheveux. Levant les yeux elle le contempla cet homme venu sans bruit à ses côtés, sanglé dans un habit de cérémonie rendant pleine justice à sa séduction naturelle.

Elle admira le tout avec un plaisir évident.

 

- Rassure-moi Hans : ce costume, cet air solennel, ma nervosité…c’est bien vers notre exécution que nous allons ?

- Sans nul doute. Une dernière volonté ?

- Oui. Dire à Hilda que s’occuper du fils n’inclura jamais le père.

- Pardon ?

- Ne fais pas l’innocent, avoue que tu as un faible pour les femmes à moustaches.

- J…

 

La joute hautement intellectuelle prit fin sous le brouhaha mouvementé animant l’autre côté de la Salle, le lieu tiré un instant de sa oisive splendeur.

 

Les personnages arrivant là ne pouvaient véritablement rien envier au décorum écrasant, la même raideur, le maintient fier sans complaisance pour le fade et  prosaïque naturel.

Le feld-maréchal von Fersen s’avançait, son épouse Edvig-Catherine de La Gardie à son bras.

Oscar n’était pas sûre de trouver une alliée en cette femme de grand tempérament, malgré tout elle savait qu’elle l’appréciait même si les contacts n’avaient pas été assez nombreux pour lier un sentiment quelconque, bon ou mauvais. Fersen père entendait à ce que l’intrigante qu’elle était, venue pervertir les lieux et la réputation de son fils, ne soit le moins du monde fréquentée.

 

L’air chargé de l’impalpable tension né de cet exil forcé fut tout de même adouci par les pairs d’yeux infiniment plus sympathiques qui suivirent le couple.

Les enfants, frères et sœurs d’Axel, qu’Oscar avait eu l’heureuse surprise de découvrir nettement plus favorables à sa cause. Eux aussi étaient interdits de « fréquentation dégradante », mais ils avaient su, surtout la jeune Eve-Sophie, enfreindre allègrement ce règlement draconien. Celle que tous nommaient Sofia était véritablement un petit phénomène : ravissante, d’une éducation excellente la parant de toutes les grâces, elle n’en était pas moins dotée d’un esprit fantasque la poussant à dire toutes sortes de folies délicieuses, et le plus souvent très peu convenables.

Avec délectation elle vous lançait des énormités sans même sourciller, gardant intact son sourire de demoiselle innocente. Que de fois Oscar avait étouffé un rire dans sa serviette les rares occasions où on la tolérait à la table familiale, lorsque la charmante Sofia se lançait soudain dans le récit des galipettes coquines du Marquis de…, détaillant le tout avec l’aplomb d’un libertin, à faire tomber son père d’apoplexie dans son assiette à potage. Et plus ce dernier tempêtait, scandalisé, plus la jeune beauté gardait l’œil serein et le front lisse pour démonter cette pruderie du haut de sa fausse candeur. Par certains côtés, Sofia rappelait à Oscar son fidèle compagnon d’armes, le même calme pendant la tourmente…

Et la volonté de ne suivre que ses propres convictions malgré les évènements.

 

André…comme elle l’aurait souhaité à ses côtés à cet instant ! Mais un autre était là, si cher, l’épaule tout aussi solide pour s’y appuyer ; et ce sourire, toujours, qui immanquablement lui chavirait les sens. Avant de prendre place il lui glissa à l’oreille.

 

- Sais-tu ce que nous allons faire mon cher ange ? Dans cinq minutes tu feindras un malaise, tu tomberas évanouie entre mes bras et je te porterai, telle une sylphe des bois pour fuir ce cauchemar, très loin…qu’en penses-tu ?

Oscar secoua négativement la tête.

- Oh Hans, tu me déçois…trop convenu voyons. Par contre, si c’est toi qui t’évanouis et moi qui te porte, alors là, oui, peut-être…

 

La jeune femme tut son chuchotement, son attention subitement portée ailleurs : Hilda la splendide venait d’entrer, faisant naître les exclamations de contentement. Non tant pour sa moustache – d’une parfaite discrétion au demeurant mais solidement arrimée à la lèvre supérieure – que pour le précieux fardeau niché entre ses bras dodus comme des rondins.

 

Un ruché de fine baptiste bleue.

Du satin orné de dentelle.

L’armorial des Fersen.

Et de tendres vagissements qui délicatement en froissaient l’harmonie…

 

Oscar se redressa, ardente. Son enfant. Jamais elle ne se sentit plus viscéralement liée à lui qu’à cette seconde, comme la racine d’un arbre à sa terre nourricière. Un sentiment inouï la traversait de part en part, l’obscure certitude venue du fond des âges qu’à jamais, quoi qu’elle fasse, quelles que soient les augures de leurs futurs destins il était sien, ce petit être fragile. Son fils. Qu’elle chérirait, qu’elle aimerait au-delà d’elle-même, malgré elle, peut-être. Sans quitter des yeux les précieuses étoffes qui bougeaient faiblement elle chercha la main de Hans, et la serra, tendre et forte, comme un silencieux remerciement, comme le plus vibrant des « je t’aime » qu’elle puisse jamais dire à cet homme ayant offert ce miracle.

 

La sublime viking hésita un instant, face à si noble assemblée. Regard non pas heureux, presque craintif dans l’écrin robuste de son visage éclatant de santé. Contraste qui, en d’autres temps, les auraient tous deux fait pouffer tels d’affreux garnements…

Ce à quoi n’était pas prêt le « camp ennemi » visiblement. D’où la terreur de la pauvre géante face à la double menace : d’instinct Oscar s’était portée en avant, sans même percevoir le mouvement en tout point identique du terrible feld-maréchal, qui n’entendait guère céder un pouce de son pouvoir de vie et de mort en son domaine. Seulement, cette fois-là, il ne pouvait point s’agir d’orgueil ni de guerre, mais seulement d’amour.

Filial et maternel.

Hans de Fersen resta parfaitement stoïque, seul ses yeux envoyèrent la tendre reconnaissance à celle qui comprenait, finalement si bien, la fébrilité d’Oscar après les jours d’angoisse : sa mère.

D’un geste péremptoire elle arrêta son auguste mari, imposant enfin la préséance de cette flamboyante jeune femme sur lui, sur eux tous. Barrière imperceptible, juste des doigts élégants sur une manche d’apparat mais cela suffit, la foudre fracassant la salle de flammes dignes de l’enfer n’aurait eu plus d’effet. Statue parmi les marbres, Fersen père se contenta de broyer ses mâchoires durement, acceptant la défaite le dos raidi.

 

Cœur de pierre, oui, car comment ne pas fondre devant pareil spectacle ?

 

- Hans, mon Dieu…il te ressemble, il te ressemble tant ! Il est magnifique, notre fils, Hans…regarde-le…

 

Pléonasme, c’était elle qui le dévorait toute entière. Venu prêt d’elle, le jeune homme nota dans un sourire qu’il était absolument impossible de suivre pareille injonction, tant Oscar le tenait étroit, buvant chaque vagissement, chaque parcelle de douceur. Il ne gâcha pas cet instant unique.

Se tint à la lisière de leurs deux regards, mère et enfant se découvrant, se parlant déjà sans mots dire. Et il fut heureux de cette connivence, tacite, kabbalistique, serein d’en être exclu maintenant ou bien plus tard, ces moments-là leur appartiendraient. Oscar avait enfanté, mais ce fut à cet instant précis qu’elle devenait mère, il le sut et se sentit heureux comme jamais.

 

 

 

  suiv.

 

 

 

* voir Jeux d’Espions. Je sais, ça fait quiche mais j’ai toujours rêvé de mettre un truc pareil ! Genre « voir épisode 23, la suite de la vengeance de l’épisode de la suite de, etc… » Bon voilà, c’est fait, maintenant je vous fous la paix.

 


 

 

 


 

 

 

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La malédiction du Scarabée Jaune

6 Mai 2013 , Rédigé par rozam

 

 

 

 

LA MALÉDICTION DU SCARABÉE JAUNE

 

 

Contrairement à ce que ne dit pas le titre, cette fic est une suite à Jeux d’Espions.

Enfin, suite… : même si cela continue pour Fersen-Oscar, il y aura plein de nouveautés!

Dont un nouveau venu, qui s’annonçait en fin de dernier chapitre.

Et oui, un petit personnage vient troubler la donne…

Et pour savoir comment cela s’est passé, allez lire la magnifique fic-cadeau offerte par Gilrayn « Fini de jouer ».

Gilrayn mon amouuuuuuur ce(s) prologue(s)  t’est dédié !

 

 

PROLOGUE - Partie 1

PROLOGUE - Partie 2

 

CHAPITRE 1

 

 

 

 


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Chapitre 20

1 Mai 2013 , Rédigé par rozam

 

Chapitre 20


Étrange comme de toujours avoir raison peut vous mettre les nerfs en pelote.
Pas de doute : tout était à refaire.

Le plus discrètement possible il était entré, avait refermé la porte à l’avenant, et rien qu’à se retourner l’évidence lui vrilla les sens. Planté devant cet autre feu, celui couvant dans les yeux clairs d’Oscar, il sut que ce qui allait suivre serait éminemment épique. Point besoin d’en deviner les subtilités, d’ailleurs ; Girodel ne savait que trop les ravages de ce simple mot, “jalousie”. En l’espace de quelques minutes de franchissement de couloir, il avait anéanti chez elle la délicieuse ivresse pour aiguillonner la conscience de la jeune fille, lui hurlant silencieusement que non, définitivement non, elle n’allait pas se rendre si facilement à ses pulsions.

En tout cas pas avant de lui avoir fait admettre qu’il avait tort, ce qui était rigoureusement impossible.

Prudent, il pesa de son poids contre la porte fermée et alluma les hostilités.

- Vous croyez qu’un sourire vous fera pardonner...grogna t-elle.
- Du tout. Je pensais juste que tu étais irrésistible devant les feux de cheminée. Je vais en mettre dans toutes les pièces de la caserne dès mon retour.
- Hier encore je vous donnais des ordres, alors si vous sortez encore vos arguments douteux je...
- ...tu me feras méthodiquement sauter les dents de tes poings, je sais. Tu es belle, pourtant. Très. Ôtes donc ta veste.
- Arrête de te comporter comme un seigneur face à une oie blanche.
- Et déboutonne ta chemise.
- Girodel !
- Hier tu étais dans mes bras. Comme à l’instant. Comme tout de suite, ou dans très peu de temps.
- Je ne suis pas une citadelle qu’on renverse quand l’envie vous en prend, Lieutenant !
- Entre militaires, pourtant...
- Mais tu n’es qu’un mufle !
- Je pense que tu devrais le crier un peu plus haut encore, les filles de cuisine risquent d’être déçues de ne pas avoir ce genre de viande à se mettre sous la dent, dès demain.

Elle se mordit les lèvres, autre manie décidément désarmante à chaque fois qu’il marquait un point ; et lui se sentait prêt à engager toutes les parties qu’elle lui proposerait.
Mais le feu dangereux ne baissait point dans ces yeux-là. Autant y jeter dans la foulée quelques bûches rhétoriques, histoire de se dégourdir les sentiments.

- Si tu t’imagines, chère Capitaine, que je vais arrêter là mon odieux pilonnage, prépares-toi: j’ai envie d’être sans pitié ce matin.
- Ne t’engage pas sur ce terrain...Je suis très fâchée contre toi, parce que...parce que c’est ainsi !
- Non mais tu es terrible, sais-tu ! rit-il de bon coeur. Un moment tu me regardes les yeux emplis de tendresse et de désir, et l’instant d’après te voilà transformée en furie éprise du combat de rue. Comment veux-tu que je ne meurs pas d’amour, après cela !

Elle l’avait cherché. Le grand - ou gros - mot était lâché, impossible d’en atténuer les méfaits ; il n’en avait d’ailleurs aucune envie.
Le gentil poison se distilla lentement dans le ciel de ses prunelles.

- Et voilà, à présent tu veux me casser les deux jambes, soupira t-il, juste pour faire bonne mesure. Je te l’avais dit, pourtant : je ne saurais me contenter de baisers furtifs, ou bien d’étreintes avortées, non plus de ces fades hommages à ton sale caractère. Tant pis pour toi. Tu vas devoir affronter un homme complètement envoûté par tes charmes, désormais. Un homme que tu convoites follement...
- Faquin ! Je...
- Et que tu veux pour toi seule, mon tendre et jaloux Capitaine.
- Quelle vanité ! Ce n’est qu’une fourberie de plus !

Le jeune homme sourit à ce front buté. Elle le consumait, avec son innocence en bandoulière ; il en était vraiment fou. Mais il adorait jouer, c’était plus fort que lui.

- Ah, et puis, tu as raison, exhala t-il élégamment. Je suis un butor boursouflé, une outre pleine de pintades aux yeux frits qui forment mon repas quotidien. Un militaire, en somme. Dommage, j’aurais adoré t’embrasser.

Et sans plus de discours il alla s’asseoir devant le petit secrétaire, prit une plume d’une nonchalance étudiée.

- Mais...que fais-tu à présent ! explosa sa belle emmerdeuse.
- Mmhh ?
- La conversation est loin d’être close, pour qu...
- Chut, Capitaine. Plus bas, avec tous ces complots qui rayent de leurs dents les couloirs, on pourrait se méprendre sur la teneur de nos conversations...
- Mais...!
- Et quoi, très chère. Tu n’es pas jalouse mais je suis un butor, transi d’admiration de surcroît, alors que tu n’en a que foutre. C’est très bien. La perfection, dirais-je. Je vais donc me dégourdir le cerveau en prenant des nouvelles de mon domaine, si tu le permets. Car je suis encore dans ma chambre, te ferais-je remarquer...

Ce n’était plus un brasier mais un volcan, qui grondait derrière ! Vraiment parfait.
Voilà Capitaine, que dis-tu de ce jeu-là ? A peine eut-il le temps d’agiter doucement le trop-plein d’encre qu’une main nerveuse arracha le tout, plume, papier, ciseau, puits, caillou, un deux trois, tu as perdu. Enfin, presque...car c’était sans compter le poids venu d’autorité en travers de ses genoux, avec toute la grâce d’un mortier de campagne.

- Pour qui te prends-tu, Lieutenant ! Tu...de quel droit, crois-tu que je vais me laisser faire ? Tu viens, tu souris, tu enlèves tes gilets et il faut que je me pâme ?
- C’est toi qui me l’enlevais, tout à l’heure...
- Ne change pas de sujet ! Tais-toi !
- Ah.
- Plus un mot ! Tu vas m’écouter à présent : je n’en ai pas que foutre, je viens de te le dire dans cette grange, et je suis peut-être un peu jalouse aussi mais...NE SOURIS PAS ou je te gifle !
- Très bien, très bien. Je serais d’une tristesse exemplaire. Je peux quand même oser une question ?
- Quoi !
- C’est la deuxième fois de la matinée que tu te trouves assise sur moi.
- Oui et alors !
- Je me demandais si nous ne pourrions pas organiser une sorte de rituel lorsque nous serons revenus à la caserne : tu viendrais t’asseoir, puis tu m’engueules tandis que j’embrasserais ta ravissante poitrine. Sans ta chemise, bien évidemment.
- Girodel, vas-tu la fermer ou bien...
- J’essaie juste d’être organisé.
- Et puis qu’est-ce que ces simagrées d’écriture !
- Pourquoi...elles sont aussi justifiées que le fait que tu sois précisément là où tu te trouves. Que tu regimbes tant que tu le peux alors que tu meurs d’envie de me faire l’amour. Et que tu n’acceptes pas, enfin, le fait d’avoir échafaudé un énorme mensonge dans le seul but...dans quel but, au fait, mademoiselle de Jarjayes ?

Elle eut sa moue adorable, c’est-à-dire l’air très fâché.

- Oh, toi, et tes yeux impossibles...mâchonna t-elle.
- Ce n’est pas une réponse.
- Ah parce que tu crois pouvoir me soumettre à un interrogatoire !
Hum, si tu me donnes ce genre d’idées, ton père risque fort d’avoir une attaque cérébrale en entendant la façon dont nous débusquons les traîtres. Oscar, il te faut choisir : ou tu t’en vas de là très vite, ou bien tu vas comprendre que je ne suis pas homme que l’on défie en vain.

Sa voix s’était légèrement altérée, comment faire autrement. La petite diablesse respirait par saccades, facile d’imaginer ce qui la comprimait. Et plus facile encore de concrétiser les moyens pour la soulager.

- Moi non plus, je ne suis pas homme à défier, osa t-elle crânement en relevant son joli menton.
- Ça, vois-tu, ça ne m’étonne guère.

Il la souleva fermement, ne rencontrant que peu de résistance. Juste ce qu’il fallait pour dire vrai, une vague protestation se cogna contre son épaule, bien trop heureuse qu’elle fut de nouer dans la foulée ses bras autour de son cou. Et ses lèvres, irrémédiablement trop proches des siennes.

- Girodel, tu m’exaspères...
- Je sais. Toi aussi, grogna t-il en resserrant sa prise.
- Je n’aurai jamais les yeux frits.
- Je n’en doute pas. Et tu pourfendras sauvagement les pintades, désormais. N’est-ce pas ?
- P...peut-être.
- Oscar, dis-moi...qu’allons-nous devenir exactement ?

Il ferma les yeux pour mieux goûter ses silences, venus tout contre sa joue; suprême cachette pour ne pas répondre...Il allait faire une liste de questions hautement gênantes, juste pour la tenir ainsi. Et Dieu sait s’il y en avait...

- Tu sens divinement bon...gémit-elle finalement.
- Tu consens à rester dans mes bras pour l’unique raison que je n’empeste pas le crottin et la sueur ? Tu m’en vois ravi.
- Imbécile.
- Un peu, tu as raison. J’essaie seulement de ne pas perdre mes moyens à t’entendre murmurer dans mon cou. Tes lèvres son fraîches mais ton front est brûlant. Je fais des efforts surhumains, sais-tu.
- Des efforts, pourquoi ?
- En premier lieu, pour ne pas me comporter en hussard à vouloir te posséder sur-le-champ.
- Oh...
- Et oui, très chère, vous me faites un certain effet, au cas où vous ne l’auriez pas remarqué.
- Et en deuxième ?
- Je crois qu’il n’y en a pas, en fait.
- C’est ennuyeux.
- Très. Attends, je propose de t’étendre sur ce lit et de réfléchir intensément  à ce deuxième point. Qu’en dis-tu ?
- Cela me parait équitable.
- Fort bien.


Il la contempla bientôt méthodiquement, un coude posé près de son visage en respirant de plus en plus lourdement. Le jeune homme se racla la gorge, décidément très à son aise, face à ces paupières obstinément closes. Elle possédait une beauté saisissante, androgyne, qui vous broyait le coeur.

- Je crois que ça y est : en deuxième lieu disais-je, mes efforts surhumains portent également sur le fait que je suis en train de ne pouvoir me passer de toi, dit-il d’une voix distraite.
- Et cela aussi, c’est ennuyeux ?
- Foutrement.
- Pourquoi ?
- Pour tout un tas de raisons, très longues et très fastidieuses à détailler.
- Victor ?
- Oui...
- Enlève ton gilet.
- Tu as l’art de résumer tout un drame en une phrase, Capitaine ! Mais je n’en ferais rien. Déjà parce que je n’en porte pas aujourd’hui, et qu’en troisième lieu, j’ai autre chose en tête.

Il savait que se serait une catastrophe.
Avant même de l’embrasser, penché sur elle depuis quelques minutes, ça ne pouvait que mal finir selon son point de vue. Tandis qu’il capturait sa bouche d’une volupté nouvelle, il sentit précisément l’instant - aussitôt - où elle ouvrit les yeux. Plus d’orage, juste l’indignation d’être à ce point surprise.

- Tu...essaya t-elle quand il se redressa.
- Oui Oscar, je sais.
- C’était...
- ...différent ? Je t’ai prévenue. Et cela va te déplaire : il semble bien que je t’aime, oui, malgré tout mes beaux préceptes d’indépendances. Cela me contrarie autant que toi visiblement.
- Je ne suis pas contrariée...c’était...doux, troublant...
- Et stupide de ma part. Je suis prêt à te servir d’amant autant que tu le souhaites, sans toutes ces choses que tu considères sans doute comme des fad...

Elle le saisit à la nuque, emmêlant ses doigts dans la souplesse de sa chevelure pour elle-même revenir goûter au coeur chaud de sa bouche. Il ne put empêcher de nouveau le scandale de son ardeur, pour elle. Tout entier exprimé par la pression de sa langue, la délicatesse du jeu de séduction soudain instauré, ses mains masculines s’enroulant autour de la taille bien trop fine pour sa noblesse d’esprit.
D’autant qu’elle s’écartait comme à regret, comme si...appréciait-elle vraiment cette désastreuse évidence ?

- Je te tuerais si tu oses embrasser quelqu’un d’autre de cette façon...souffla t-elle d’une voix hachée.
- Cela va devenir compliqué, répliqua t-il sur le même ton, d’une voix qu’il espérait neutre tandis que son coeur explosait.
- Pourquoi ?
- Déjà parce que je n’en ai pas envie, et que la suite risque d’être encore pire.
- Je ne comprends pas...

Il tira sur les pans de la stupide chemise - comment avait-il pu se laisser berner par ses défroques de garçon ? - afin de mieux considérer les bandes étroites.

- Ces prochaines minutes. Et toutes celles d’après. Tous ces prochains jours risquent d’être différents. Je te veux, Oscar. Et c’est très grave, car je ne saurais cacher ce genre de sentiments. En d’autres termes je risque d’avoir les yeux frits...

Spectacle délicieux que de voir les bandages s’agiter sous son rire de gorge ! Il entreprit de les lui enlever.

- Victor, tu es un être déroutant...
- J’ai comme l’impression que ce n’est pas un compliment, ça.
- Tu parais toujours si sûr de toi, si...détaché, maîtrisé en toutes circonstances. Presque austère, même. Et puis...Elle bloqua sa respiration quand il laissa voleter le bout de ses doigts contre sa peau enfin dénudée. Et puis quand tu veux quelque chose, tu sais être à ce point...conquérant...Je ne sais plus très bien quoi penser, en particulier lorsque tu fais...ça.
- Je vais brûler ces bandages. Et tous tes autres vêtements, d’ailleurs. Tu te tiendrais là, nue, et je te vénérerais le restant de mes jours.
- Tu as les mains douces...
- Elles sont affreuses, comparées à la perfection que je touche.

Impossible de ne pas l’embrasser. Même quand elle vous serrait ainsi, languide, étroite autour de votre cou et se donnant, on sentait la force couver dans le corps gracile. Chez Oscar se fusionnait les contraires, particulièrement quand ses seins se pressaient contre sa chemise à demi-ouverte par leurs récentes frasques dans la bibliothèque.

- Attends, réussit-il à articuler alors qu’elle voulait faire de même, la main crispée sur son vêtement, à lui.
- Et tu crois que je vais t’obéir ? Tu m’as dit qu’on pouvait être un homme en amour, j’en suis un, un point c’est tout.
- Indéniablement, acquiesça t-il en baisant brièvement son sein gauche.
- Alors déshabille-toi !
- Certes. Mais rien ne presse. Vois-tu, je suis toujours sidéré par mon aveuglement face à la grâce spéciale de ta nuque. Il faut dire que j’avais des circonstances atténuantes à cause de ces cols militaires, mais tout de même...

Par ses caresses elle se tourna imperceptiblement, le laissant conquérir cet étrange territoire lorsqu’il dégagea la masse blonde de ses cheveux.

- C’est là que réside une grande partie de ta féminité, et je n’ai rien vu.
- C’est absurde, voyons ! Tu as vraiment des réflexions...bizarres....

Sa voix s’érailla sous l’hommage appuyé de sa bouche à l’exact endroit, jusque là serein, parsemé de minuscules mèches. Plus que par des mots le creusement de ses reins indiqua le trouble intense qui la possédait, ce n’était pourtant qu’effleurements, mais sa fièvre montait, précise. Seulement ce n’était pas chose commode que de révéler son désir subit ; elle cacha son visage entre ses bras repliés, à la grande joie du jeune homme qui put continuer son traitement particulier.

- Te rends-tu compte, à présent, à quel point tu me plaît...murmura t-il au bout d’un moment le long de sa colonne vertébrale.
- Je crois que je te hais, Lieutenant. Je n’arrive pas à te résister et je déteste cela !

Il rit, créant un nouveau mouvement lascif sur ce corps envoûtant, puis remplaça ses baisers de ses doigts pour revenir vers elle, si confuse, et parfaitement captivante.

- Alors que c’est toi qui fais de moi ce que tu veux, non mais je te jure...
Elle lui balança un regard brumeux plein de cils.
- Même tes mains semblent différentes...
- Te souviens-tu de mon air contrarié, cette nuit ? Tu pensais que j’avais un secret, ce qui n’était pas si faux. Je savais juste que cela ne pourrait plus être si simple, dès que je te toucherai de nouveau. Tu as pris possession de mes sens plus que je ne saurais dire. Plus que la décence ne le permet, à n’en pas douter. Pire, Oscar : tu me prends le coeur, rien qu’à me regarder de cette façon.
- Il se pourrait que cela soit pareil pour moi...
- Mais non. Je ne suis qu’un sombre butor mal embouché, un menteur.
- Cesse de te moquer ! Je dis ces choses...parce que je ne sais pas faire autrement, et tu le sais fort bien; tu me laisses si peu de choix, parfois.
- Moi ? Tu ne serais pas un petit peu de mauvaise foi, Capitaine de Jarjayes ?
- Jamais.

Il aurait volontiers continué ses caresses bien plus avant mais, ainsi qu’il le constaterait plus tard, elle ne lui en laissa guère l’initiative. Repartant à la conquête de sa chemise béante elle s’allongea sur lui, impériale, ses hanches sournoisement posées sur les siennes éminemment tendues. Comme toute authentique ingénue qui se respecte, son emprise sur lui grandissait d’heures en heures.

- Tu es ma concubine et je vais faire de toi ce que je veux, gloussa t-elle.
- Compte là-dessus, Capitaine.
D’autorité il la saisit pour mieux s’asseoir l’un l’autre sur le lit, coinçant sa taille de son bras.
- Tu es irrésistible lorsque tu souris, fronça t-elle des sourcils. Vraiment, tu m’agaces.
- Une arme bien misérable face aux tiennes.
- Tu es le seul homme que je connaisse qui ne se laisse soumettre en rien. Cela me perturbe hautement.
- Voilà que les mensonges changent de camp. Ce que je suis te plaît, Capitaine de Jarjayes, tout ton corps le clame.
- Peut-être...je ne sais pas...en fait, je voudrais...non, rien...

 

 

prèc.           suiv.

 

 

 


 

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Les 12 travaux d'André - Décembre

22 Décembre 2012 , Rédigé par rozam

JOYEUX NOËL LES AMI(E)S, FINALEMENT ON N'EST PAS MORTS !!! (et eux non plus, huhu)

 

 

Sans titre-1little

 

 

 

 

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